Comme si de rien n’était

imageC’est ça qui m’a fait le plus de mal : « comme si de rien n’était », alors qu’en réalité, c’était juste la fin du monde. Juste la fin du monde.

Si on dit que ça fait mal, c’est que ça fait mal. Si on dit que le monde vient de s’écrouler sous nos pieds, c’est la vérité. Comment ne peut-on pas comprendre que perdre un enfant c’est l’épreuve la plus difficile à surmonter? Alors oui, à partir de quel stade est-ce un enfant? LA fameuse question qui autorise la place à la souffrance.

Donc l’humanité en serait arrivée là? Il faut des preuves, des justificatifs pour autoriser, reconnaître la douleur de l’autre? A quel moment voit-on l’autre comme il est, comme il se présente? A quel moment reconnait-on notre part dans le soulagement de sa douleur? A quel moment a t’on oublié que le simple fait d’acquiescer, de reconnaître, de respecter, étaient superflus? Qu’il valait mieux faire comme si de rien n’était, ne pas remuer le couteau dans la plaie, passer à autre chose…

Comme si de rien n’était alors que c’était juste la fin du monde, juste la fin du monde.

Le deuil se soigne, s’accompagne. Il faut cesser cette facile fatalité, cette forme de mépris de ramener toujours le sujet à la sphère de ‘l’intime’. Qui ose parler de l’intime quand tout s’affiche aujourd’hui, tout sauf le vécu du deuil? Tout sauf l’acceptation des émotions comme la tristesse, le temps nécessaire du deuil. Mais ce n’est pas un gros mot, ce n’est pas obscène, c’est juste la réalité.

La mort fait partie de la vie et en parler, ce n’est pas offusquer l’autre, c’est attendre de l’autre qu’il valide notre existence malgré notre effroyable sentiment de vide. Parler, c’est déjà tendre une main pour essayer de s’en sortir, essayer de revenir à la vie, de l’investir à nouveau.

La mort fait partie de la vie et tant qu’on ne sait pas qu’on est mortel, on ne réalise pas qu’on est vivant.

Alors je travaille, je travaille par exemple à trouver comment accompagner les parents qui retournent au travail. J’ai des rendez-vous avec des entreprises, je leur explique avec leur langage (les chiffres) combien de personnes sont touchées, combien coûte un salarié qui part en congé maladie suite à un deuil périnatal et qu’il faudrait penser à lui proposer un accompagnement dans le cadre de la RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise), de la qualité de vie au travail, de la marque entreprise… Oui, je lutte contre le fatalisme, mais parfois, comme aujourd’hui, alors que je viens de voir le film de Xavier Dolan « Juste la fin du monde », j’aimerai que ce soit évident pour tout le monde. Evident que oui, perdre un bébé pendant la grossesse ou quelques jours après la naissance, pour les parents , c’est juste la fin du monde. Et il est inutile de parler de chiffres ou d’impact financier dans ce cas. Il faut simplement se rappeler qu’en tant qu’être humain on a la responsabilité des uns et des autres. Que perdre un enfant, c’est un drame qui désorganise totalement la vie des parents, et que seuls, ils ne peuvent pas s’en sortir. Ils y arriveront, la vie continue, il y aura même peut-être d’autres enfants. Mais au bout de combien de temps? Et au prix de combien de masques à porter?

Quand un deuil périnatal survient, la société doit faire son boulot, elle doit accompagner les parents. Accompagner, ça commence par ne pas faire comme si de rien n’était

 

 

 

Apporte moi mes cachets

Je ne sais plus, je ne me souviens plus. Est ce que cela me touche encore? C’était il y a 13 ans. Alors, je m’interroge, est ce que j’ai vraiment appris à vivre avec? Enfin, plutôt sans. Je sais vivre sans lui à présent? C’est monstrueux, je n’en ai pas envie. Une mère ne peut pas apprendre à vivre sans son enfant. Suis je devenue inhumaine? Ou est ce que mon esprit me trompe? Je m’en méfie – toujours – de lui. Je reste sur mes gardes. J’ai nié et quand j’ai réalisé, j’ai pris un retour de manivelle assez violent, alors, oui, je me méfie des protections de mon esprit.

J’ai pris du temps pour moi, je me suis plongée à l’intérieur et très vite, j’ai tout retrouvé : l’amour et la folie.

L’amour, oui il me manque, oui il est bien là, il fait partie de moi, à sa juste place.

Et la porte où se cache ma camisole est toujours là, aussi. Je l’ai ouverte il y a 13 ans. Et derrière s’y trouvent ma part de folie, mon mode délirant. Je l’ai adoré cette folie, elle m’a protégé du monde extérieur qui ne pouvait pas comprendre, ne pouvait réaliser. Ils étaient tous fous, et moi je savais que tout cela était vain, rien n’avait plus de sens puisque Gabriel n’était plus parmi nous.

Je suis rassurée, je peux encore choisir d’ouvrir cette porte ou de rester ici, parmi nous. Ouf, je ne suis pas monstrueuse, je suis toujours humaine.

J’ai juste appris à devenir la maman d’un enfant mort. Il n’y a rien de honteux à ça. Et pourtant, l’écrire m’est douloureux.

 

Mamans plurielles

Version 2Pour fêter ensemble ce jour particulier, je vous invite à ne pas oublier votre instinct, votre force intérieure qui vous dit ce que vous savez au plus profond de vous : vous êtes une mère formidable. Imparfaite, certes, comme nous toutes. Mais pourquoi choisir? Vous êtes libres de vivre vos émotions comme bon vous semble, libres de pleurer toute la journée et de rire. Libérez l’instinct qui est en vous, qui vous guidera vers l’apaisement quand votre mental fait du petit vélo dans votre tête. Vous êtes puissantes, vous êtes sacrées. Pour repérer votre instinct,  écoutez votre corps, il sait. « Est ce que vous avez envie de sortir? » Ecoutez votre corps : la sensation est désagréable = restez à la maison / vous avez des papillons dans le ventre = sortez. Petit à petit, vous allez vous reconnecter à vos sensations. Ayez confiance en vous, moi, j’ai confiance en vous et je vous souhaite une bonne fête des mères. Je vous laisse dans les mains des Brigitte qui vous incitent « d’oser choisir de ne pas choisir et s’offrir l’infini des possibles ».

13

photoA 13 ans, j’ai fait mon premier baiser avec la langue et j’ai trouvé ça franchement dégoûtant. J’ai désespéré de ne pas voir pousser mes seins en écoutant ma maman dire à ses amies : »ma fille, c’est comme les églises, elle garde ses saints à l’intérieur ». J’ai eu ma première expérience de plaisir livresque en découvrant les histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe. A 13 ans, j’étais en vie.

Pour tes 13 ans, j’ai beaucoup réfléchi à ton cadeau. Je vais t’offrir ce que j’ai de plus beau en moi et que tu as largement contribué à développer.

Je t’offre l’oubli. L’oubli de ce qui m’a le plus blessé après ton décès, c’est à dire la réaction de mon entourage, qui dans la majorité des cas, était inadaptée. J’ai compris avec le temps que seuls ceux qui ont vécu ce drame sont capables de réaliser. J’ai appris à mieux communiquer pour être en lien avec les autres car nous avons tous en nous un chagrin qui a besoin d’être consolé. J’ai oublié ma colère, j’ai grandi, je me suis élevée.

Je t’offre mon amour, car c’est le seul cadeau qui peut aller jusqu’à toi. Si tu n’existes que dans mon coeur, alors cet amour m’aidera .

13 ans, c’est si loin et ce sera pourtant toujours si proche, si profondément ancré en moi.

Il est possible d’apprendre à vivre avec, il est possible d’accepter ce qui n’a pas de sens, il est possible d’être heureux à nouveau. Ce ne sera pas sans difficulté, ni sans douleur, mais c’est possible.

La fleur est une vraie fleur avant même qu’elle ne soit en bouton

prince« La fleur est une vraie fleur avant même qu’elle ne soit en bouton, l’arbre est un vrai arbre quand il est encore une graine et il sera encore une créature vivante quand il sera très vieux. Est vrai ce qui a en soi la vie. » Clarissa Pinkola Estés 

A présent, arrêtez de vous torturez. Vous êtes une maman, un papa, et le décès de votre enfant n’a pas effacé son existence ou votre réalité de mère ou de père.

Ce qui est vrai est ce que vous savez au fond de vous. Ecoutez votre instinct, c’est lui qui va vous aider à guérir, à revivre. Acceptez vos émotions, toutes. Vous avez la rage? Hurlez de douleur. Vous avez envie de mourir de chagrin? Pleurez toutes les larmes de votre corps, pendant de jours, des semaines s’il le faut. Vous êtes en colère? Peignez un tableau de la couleur de votre colère, dansez votre colère, chantez la. Vous vous sentez seul? Si vous lisez ce texte, voici la preuve que vous ne l’êtes pas. Vous pensez devenir fou? Nous le sommes tous, et je suis la reine en ce royaume.

Votre vie a changé, elle ne sera plus jamais la même et vous non plus. C’est un fait.

Vous allez souffrir, c’est inévitable. Mais vous allez guérir.

Cela prendra du temps, votre temps à vous. Un jour vous allez respirer à nouveau, rire à nouveau, voir les couleurs autrement, entendre la musique d’une nouvelle oreille. La cicatrice sera toujours là, elle vous tirera par périodes, mais elle ne sera plus béante.

Prenez soin de votre douleur, prenez soin de vous.

Prince, j’allais spécialement au Virgin des Champs Elysées pour acheter des versions qu’on ne trouvait nulle part ailleurs… Peu de gens le savent, mais il a eu un fils. Son fils, Gregory est décédé quelques jours après sa naissance. Ca ne le rapproche pas de moi, mais oui, même un  génie peut subir un tel drame sans raison. Il n’y a pas de justice ou de raison divine qui explique pourquoi cela nous arrive. Abandonnez aussi ce terrain, cessez de vous demandez « pourquoi moi? ».

Prince on peut le dire, avait la foi. Avec sa taille, ses tenues improbables torse poils, à base de talons de douze, de coiffures à étage… Et pourtant, pour l’avoir vu en vrai, il dégageait une sexualité animale et n’était absolument pas ridicule, bon c’est sûr il avait le talent. Il ne suivait pas la mode, il créait sa mode. Donc : ayez foi en ce que vous ressentez, vivez le, prenez votre temps, à votre rythme. Vous êtes libres de soigner votre douleur, n’en soyez pas victime.

N’oubliez pas qu’il existe aussi des groupes de paroles si vous ressentez le besoin de partager vos émotions avec des personnes qui peuvent tout entendre.

Pour tous les fous présents sur ce site :

Crazy

I remember when, I remember, I remember when I lost my mind
There was something so pleasant about that place.
Even your emotions had an echo
In so much space

And when you’re out there
Without care,
Yeah, I was out of touch
But it wasn’t because I didn’t know enough
I just knew too much

Does that make me crazy?
Does that make me crazy?
Does that make me crazy?
Possibly

And I hope that you are having the time of your life
But think twice, that’s my only advice

Come on now, who do you, who do you, who do you, who do you think you are,
Ha ha ha bless your soul
You really think you’re in control

Well, I think you’re crazy
I think you’re crazy
I think you’re crazy
Just like me

My heroes had the heart to lose their lives out on a limb
And all I remember is thinking, I want to be like them
Ever since I was little, ever since I was little it looked like fun
And it’s no coincidence I’ve come
And I can die when I’m done

Maybe I’m crazy
Maybe you’re crazy
Maybe we’re crazy
Probably