J’ai assisté à mon premier groupe de parole

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J’ai assisté à mon premier groupe de parole. Et depuis, j’ai la gorge serrée. Jusque là, pour moi, les groupes de parole c’était comme ouvrir la boîte de Pandore. C’était pour les alcooliques anonymes, les cleptomanes, les sex-addicts, ceux qui ont besoin d’avouer leurs mauvais penchants, leurs vices, à des inconnus parce qu’ils ont tellement fait souffrir leur entourage, qu’il ne reste plus que des étrangers pour les écouter. Alors pourquoi existe-t’il des groupe de deuil? Vraisemblablement, aucune personne vivant un deuil n’en est responsable, sinon ça s’appelle un assassin et il y a peut-être des groupes de paroles pour ceux-là aussi. Mais revenons en aux faits, dans un groupe de deuil, il n’y a que des gens malheureux et tristes de devoir apprendre à vivre sans un être aimé, rien de honteux. Personne dans un groupe de deuil n’a fait souffrir son entourage par un comportement impropre à la vie en société, aux bonnes moeurs et pourtant, ils témoignent tous sans exception, de l’impossibilité de parler de « ça » à leurs proches. Mais c’est quoi « ça » ai-je osé demander? Mais la mort voyons.

Quoi? En dehors de mon drame personnel, ça signifie que tout le monde souffre du tabou de la mort? Je ne comprend pas. Il y a une chose encore plus universelle que l’amour, c’est bien le fait que tout le monde meurt, même avec des crèmes anti-ride hors de prix, des cures en Suisse, et une alimentation bio, oui tout le monde meurt. Alors si tout le monde meurt, tout le monde ou presque a déjà subi un deuil dans sa vie. Certes la peur de la mort, c’est LA question existentielle qui permet à de nombreux psys de remplir leurs cabinets, mais pourquoi est-ce un tabou? J’ai peur des araignées, beaucoup de gens ont peur des araignées et ce n’est pas un tabou?

Et si la mort n’existait pas, la vie non plus n’existerait pas. Non, alors ce qui est tabou, ce n’est peut-être pas la mort mais la souffrance.

Notre époque vouée au développement personnel laisse croire à tous, que l’on peut devenir heureux en lisant un livre. Cela revient à croire que l’on peut perdre du poids en deux semaines (et ne pas le reprendre) et surtout qu’il faut perdre du poids pour convenir à la société. Alors qu’il faut souvent complètement changer d’habitudes alimentaires, parfois travailler avec un psychologue pour comprendre notre rapport au corps et pas juste manger des protéines les jours pairs et de la salade les jours impairs… Donc aujourd’hui, il faut être heureux pour convenir à la société, et lorsque l’on ne l’est pas, c’est vraiment que l’on n’a pas de bonne volonté. On oublie, que pour être heureux, il faut accepter ses émotions, faire une introspection, et parfois accepter de souffrir. Se gaver d’anxiolytiques endort la douleur, elle ne la supprime pas. La publicité vous engage à vous gaver de médicaments: « stress, anxiété, prenez une dose de X… » . N’importe quoi, stress, anxiété: « posez vous les bonnes questions, et mettez en place les actions pour changer la situation! ».

De la même manière que pour la fin de vie, beaucoup de personnes jugent bon l’euthanasie par peur d’une mort douloureuse,  alors que le sujet est de respecter la vie jusqu’au bout en évitant la souffrance. Souffrance, qui souvent est morale à cause de l’isolement…

charbcharb2Charb disait à propos de l’euthanasie : « Mourir dans la dignité devrait être la dernière étape d’une vie menée dans la dignité et pas seulement un moment exceptionnel. Cette volonté des médias et des politiques de séparer dans le discours la vie et la mort est suspecte. Il n’y a pas de vie digne sans mort digne, et inversement. Ça paraît évident, mais le droit de vivre dans la dignité n’est pas un débat qui suscite autant l’émotion que celui du droit de mourir dans la dignité. Et pourtant, il y a des vies qui sont plus effrayantes que la mort…  » (cliquez ICI pour lire l’intégralité de son propos).

Je vais prendre ma part à l’action et créer un groupe de deuil périnatal. Parce que savoir s’écouter sans se juger, avoir de la compassion mais pas de pitié, ce sera ma contribution à briser le tabou sur la mort et la souffrance. Et vous, allez vous prêter attention à votre chagrin ou à celui de votre proche pour être dans la vraie vie? Sans mort, pas de vie, sans peine, pas de joie, sans larmes, pas de rire.

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la musique, catalyseur d’émotions

God is a Dj, life is a dance floor… La musique, ce n’est pas seulement pour les histoires d’amour ou les chagrins d’amour! C’est aussi le meilleur catalyseur d’émotions, et combien d’émotions nous traversent lorsque l’on vit un deuil? Si je reste sur les cinq étapes d’Elizabeth Kubler Ross, mes musiques étaient celles-ci :

J’ai été très en colère, écouter ces deux musiques à fond, ça me faisait un bien fou:

Nneka – Heartbeat

FFF – Le pire et le meilleur

Avec le recul, je dois avouer, que sur le chemin du deuil, j’ai bien été au fond du trou noir de la dépression, ça se traduisait comme ça pour moi :

Massiv Attack – Teardrop

J’ai fait peu de déni, mais quand c’était le cas, j’étais dans cet état:

Bill Withers – Lovely Day

J’ai aussi marchandé avec la réalité, à ce moment là, j’écoutais ça:

Ayo – I’m gonna dance

Puis, j’ai accepté ma réalité, j’ai laissé partir ma douleur à laquelle je m’attachais depuis si longtemps. J’ai accepté, quand j’ai compris que ne plus souffrir ne voulais pas dire oublier ou tolérer. Accepter c’est vivre au lieu de survivre. C’est accepter que notre amour ne meurt pas avec la personne.

Stewy Wonder – As

Toutes ces chansons et émotions me sont personnelles et pourtant la musique est universelle:

Zazie dans Rendez-vous en Terre Inconnue en Indonésie, joue une chanson qui provoque des émotions chez un des Korowaï. Elle dit (à 5mn20) : « La musique parfois permet de dire ce qu’il y a dans le coeur et qu’on cache, ça permet de dire l’indicible. » le Korowaï répond: « C’est vraiment très beau, c’est comme quand j’entends le chant des oiseaux quand il faut beau temps, alors je me mets à pleurer parce que ça me rappelle mon enfant disparu. »

 

« l’absence de mot amène les gens à se taire »

S’il n’y a pas de mot pour nommer un parent qui a perdu un enfant né ou naître, Isabelle Constant trouve les mots pour en parler avec justesse dans cette vidéo (conférence Tedx Vaugirard Road 2013). Elle dit notamment : « L’absence de mots amène les gens à se taire, parce que comme ils ne peuvent pas dire en un mot ce qu’ils sont et qu’ils n’ont par forcément envie de faire une phrase pour raconter leur vie, ou ils se taisent, ou ils disent une autre réalité que leur réalité. »

 

Si on ne sait pas qu’on est mortel, on ne sait pas qu’on est en vie

photoAprès être restée sidérée d’y avoir survécu, après avoir erré avec ma peine immense dans ma vie, un jour j’ai enfin compris ce qu’il m’avait offert. Gabriel m’a offert le choix de savoir si je voulais avoir une vie avant ma mort. Je sais très bien ce qu’est la mort, je lui ai donné vie.

J’ai commencé par faire le tri dans mon entourage: réglé les malentendus avec les personnes que j’aime et avec qui j’étais en froid mais aussi affirmé mes valeurs avec des amis de longue date qui, au final, n’en étaient plus. Chaque jour qui passe me rapproche de la vie qui me correspond. Je remet en question mon rôle de mère, de femme, d’épouse, d’amie, d’enfant, de soeur, de citoyenne. Je cherche à être au plus près de ma singularité. Je m’éloigne des conditionnements liés à l’éducation, au marketing, à mes attentes exagérées, je cherche la définition de la doxa. Je m’interroge sur ce que j’aimerai faire si je devais mourir demain et je fais tout pour y arriver. Je ne laisse jamais de rancoeurs trainer, je ne me dispute pas inutilement, je travaille sur moi, mais je me laisse aussi pleurer ou être pénible quand c’est mon état. Je sais que je peux mourir dans une heure en traversant la rue, dans un mois d’un cancer foudroyant ou dans cinquante ans, de viellieisse. Je sais que lors de mon dernier souffle, quand je serai seule – comme nous tous – dans mon intériorité, je serai en paix, je n’aurai pas peur. J’aurai donné à chacun et à moi même, ce que j’avais de plus précieux: ma singularité, mon authenticité et mon amour.

Et vous, avez vous conscience que vous êtes mortels? Etes vous vraiment en vie?