J’ai assisté à mon premier groupe de parole

Pandora_-_John_William_Waterhouse

J’ai assisté à mon premier groupe de parole. Et depuis, j’ai la gorge serrée. Jusque là, pour moi, les groupes de parole c’était comme ouvrir la boîte de Pandore. C’était pour les alcooliques anonymes, les cleptomanes, les sex-addicts, ceux qui ont besoin d’avouer leurs mauvais penchants, leurs vices, à des inconnus parce qu’ils ont tellement fait souffrir leur entourage, qu’il ne reste plus que des étrangers pour les écouter. Alors pourquoi existe-t’il des groupe de deuil? Vraisemblablement, aucune personne vivant un deuil n’en est responsable, sinon ça s’appelle un assassin et il y a peut-être des groupes de paroles pour ceux-là aussi. Mais revenons en aux faits, dans un groupe de deuil, il n’y a que des gens malheureux et tristes de devoir apprendre à vivre sans un être aimé, rien de honteux. Personne dans un groupe de deuil n’a fait souffrir son entourage par un comportement impropre à la vie en société, aux bonnes moeurs et pourtant, ils témoignent tous sans exception, de l’impossibilité de parler de « ça » à leurs proches. Mais c’est quoi « ça » ai-je osé demander? Mais la mort voyons.

Quoi? En dehors de mon drame personnel, ça signifie que tout le monde souffre du tabou de la mort? Je ne comprend pas. Il y a une chose encore plus universelle que l’amour, c’est bien le fait que tout le monde meurt, même avec des crèmes anti-ride hors de prix, des cures en Suisse, et une alimentation bio, oui tout le monde meurt. Alors si tout le monde meurt, tout le monde ou presque a déjà subi un deuil dans sa vie. Certes la peur de la mort, c’est LA question existentielle qui permet à de nombreux psys de remplir leurs cabinets, mais pourquoi est-ce un tabou? J’ai peur des araignées, beaucoup de gens ont peur des araignées et ce n’est pas un tabou?

Et si la mort n’existait pas, la vie non plus n’existerait pas. Non, alors ce qui est tabou, ce n’est peut-être pas la mort mais la souffrance.

Notre époque vouée au développement personnel laisse croire à tous, que l’on peut devenir heureux en lisant un livre. Cela revient à croire que l’on peut perdre du poids en deux semaines (et ne pas le reprendre) et surtout qu’il faut perdre du poids pour convenir à la société. Alors qu’il faut souvent complètement changer d’habitudes alimentaires, parfois travailler avec un psychologue pour comprendre notre rapport au corps et pas juste manger des protéines les jours pairs et de la salade les jours impairs… Donc aujourd’hui, il faut être heureux pour convenir à la société, et lorsque l’on ne l’est pas, c’est vraiment que l’on n’a pas de bonne volonté. On oublie, que pour être heureux, il faut accepter ses émotions, faire une introspection, et parfois accepter de souffrir. Se gaver d’anxiolytiques endort la douleur, elle ne la supprime pas. La publicité vous engage à vous gaver de médicaments: « stress, anxiété, prenez une dose de X… » . N’importe quoi, stress, anxiété: « posez vous les bonnes questions, et mettez en place les actions pour changer la situation! ».

De la même manière que pour la fin de vie, beaucoup de personnes jugent bon l’euthanasie par peur d’une mort douloureuse,  alors que le sujet est de respecter la vie jusqu’au bout en évitant la souffrance. Souffrance, qui souvent est morale à cause de l’isolement…

charbcharb2Charb disait à propos de l’euthanasie : « Mourir dans la dignité devrait être la dernière étape d’une vie menée dans la dignité et pas seulement un moment exceptionnel. Cette volonté des médias et des politiques de séparer dans le discours la vie et la mort est suspecte. Il n’y a pas de vie digne sans mort digne, et inversement. Ça paraît évident, mais le droit de vivre dans la dignité n’est pas un débat qui suscite autant l’émotion que celui du droit de mourir dans la dignité. Et pourtant, il y a des vies qui sont plus effrayantes que la mort…  » (cliquez ICI pour lire l’intégralité de son propos).

Je vais prendre ma part à l’action et créer un groupe de deuil périnatal. Parce que savoir s’écouter sans se juger, avoir de la compassion mais pas de pitié, ce sera ma contribution à briser le tabou sur la mort et la souffrance. Et vous, allez vous prêter attention à votre chagrin ou à celui de votre proche pour être dans la vraie vie? Sans mort, pas de vie, sans peine, pas de joie, sans larmes, pas de rire.

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2 réflexions sur “J’ai assisté à mon premier groupe de parole

  1. Bonjour,
    Merci pour cet article qui me semble très juste.
    Comme vous, je pense que la société a peur de la mort, et peur aussi de la souffrance des « survivants ». Parce que cette souffrance remet chacun face à ses propres deuils, face à la façon dont on les a géré, face à des blessures souvent mal cicatrisées.
    Je pense que le manque d’empathie est souvent une manière de se protéger, de ne surtout pas se poser de question.
    C’est pourquoi il me semble si important de parler du deuil, de la mort. Parce que c’est en changeant notre regard, en affrontant nos peurs, en acceptant les émotions de l’autre que l’on pourra, en effet, vivre dignement. Avec de la douceur, de la considération, l’accueil de ce que vit l’autre en face de nous.
    Parce que si chacun prenait le temps de vivre ses deuil, la société serait sans doute plus tolérante et plus solidaire…
    Il me semble que ce n’est pas anodin et que c’est, en effet, un beau combat auquel nous invitent nos bébés des étoiles…
    Lorsque vous aurez monté votre groupe de parole, n’oubliez pas de me demander de le référencer sur mon blog 😉
    Une douce soirée à vous,

    Aimé par 1 personne

  2. La mort est taboue dans notre société, certes. Mais ce qu’il l’est encore plus, c’est la mort d’un bébé, et si en plus cela a eu lieu dans le ventre de sa mère… C’est encore pire. Porter la mort, donner naissance à un bébé sans vie… C’est inentendable. Effectivement , tout le monde « connait la mort », parce que tous, un jour ou l’autre, on a perdu ou on perdra nos parents, nos grands parents… La génération du dessus quoi, ça c’est dans l’ordre des choses et ça arrive à tout le monde. On peut donc en parler, car l’autre l’a souvent vécu. Perdre un bébé, heureusement nous ne sommes qu’un petit nombre a l’avoir vécu… Donc nous sommes peu à nous comprendre. Tout l’intérêt du groupe de paroles ! J’ai eu la chance de participer tous les vendredis midi à celui du Dr Souvieux à l’IPP pendant plus d’un an et il m’a fait beaucoup de bien. Je vous souhaite d’apporter autant par le groupe que vous allez créer, aux mamans endeuillées que nous sommes. Merci pour vos actions!

    Aimé par 1 personne

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