N’être mère

IMG_4785Aujourd’hui je souhaite de tout mon coeur la fête des mères à toutes les mamans. J’ai moi même fêté une fête des mères juste après le décès de mon premier-né. Lors de cette journée, quelqu’un m’a dit « Vous verrez, vous aussi, un jour vous serez mère ». Ce jour là, trop faible, j’ai seulement pleuré.

A présent, je veux que vous sachiez qu’être mère ne dépend pas de la durée de vie de votre enfant. J’aimerais avoir des pouvoirs magiques pour pouvoir rencontrer Gabriel à nouveau – ne serait-ce qu’un instant – mais ce ne sera pas possible. Alors, comme je sais que nous faisons toutes le même souhait, je pense à vous toutes : celles qui n’ont pas encore eu la joie d’une nouvelle grossesse, celles qui ont eu un ou plusieurs enfants depuis, celles à qui cela vient d’arriver.

Nous sommes toutes des mères et nous savons. L’amour d’une mère est aussi sa force, je vous envoie par ce message : de l’espoir, de l’amour et de la force.

« J’entends au-dessus de moi dans les cieux 

Les anges qui murmurent entre eux 

Ils ne peuvent trouver de mot d’amour plus grand 

Que celui-ci : Maman »

Edgar Allan Poe

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Faut-il en parler aux enfants?

carl larrsonOui. Les enfants ont une intelligence émotionnelle que nous avons perdu et ils savent. Il est inutile de cacher, de tout mettre sous le tapis en se disant que nous allons les « protéger », « leur éviter de la tristesse » en parlant de leur futur « frère / cousine / neveu… » qui était dans le gros ventre rond et qui finalement ne naîtra pas ou plutôt ne vivra pas. Que le cadeau que l’on avait acheté ensemble, finalement on ne l’offrira pas.

Omettre d’en parler, c’est leur mentir, c’est dérégler leur 6ème sens qui leur dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Mais beaucoup plus grave, c’est leur inculquer une angoisse insidieuse, une paranoïa dans laquelle l’enfant va probablement s’imaginer que si maman pleure, c’est à cause de lui. Evidemment, leur dire, c’est aussi s’adapter à leur âge, à leur niveau de compréhension, c’est accepter sa propre émotion. Parce que réfléchir à comment en parler, c’est devoir faire face à sa propre manière de le vivre et accepter de se montrer sensible ou même triste devant son enfant.

Mais les enfants ont ça de magique : ils ne sont pas dans le déni, ils n’ont pas encore appris à porter des masques, à faire croire à tous que tout va bien quand tout va mal. Non, ils pleurent un bon coup, quitte à se rouler par terre, puis ça passe. Ils ont vécu leur émotion et ils l’ont dépassée.

Jusqu’à ses 4 ans, je n’avais jamais parlé à ma fille, de son grand frère mort-né. Un jour, pour un problème de sommeil, nous sommes allés chez une pédopsychiatre. Cette psy a commencé par passer une heure en seule à seule avec ma fille, sans aucune information de notre part. Lorsqu’elles sont revenues de leur petit entretien, la pédopsychiatre m’a dit tout de go: « Vous avez eu un premier enfant n’est-ce pas? ». Mon mari est rentré dans une colère noire, il était persuadé qu’il était inutile, voir cruel de parler de la mort de son grand frère à notre fille, et moi, je me suis écroulée en larmes. Je portais ce secret comme un lourd fardeau honteux et coupable d’avoir fait ça à ma fille, à son père, à notre famille.

Mais le fait est, qu’il n’y a rien de honteux ou de coupable dans la mort. C’est une réalité.

On ne peut pas protéger nos enfants de la vie, on peut par contre leur apprendre à affronter les épreuves de la vie, et la mort de nos proches est une des plus difficiles épreuves à traverser. Si on ne sait pas affronter les malheurs, on ne sait pas non plus se réjouir des bonheurs. Accepter ses parts d’ombre, pour faire rentrer la lumière.

« Si vous ne les affrontez pas, les fantômes de votre passé reviendront hanter votre enfant » Flavia Accorsi 

Garder le goût de vivre

Parce qu’une fois que l’on a réalisé l’exploit de reprendre goût à la vie, il nous reste encore une immense tâche à accomplir: LE GARDER!

Lorsque l’on a réussi à remonter la pente, toute lestée de son chagrin d’avoir perdu un enfant, on a comme une forte envie de rester tout en haut sans retomber au fond du gouffre. On ne sait que trop bien, comme il y fait sombre et froid, comme on s’y sent seule et triste. Tout va se jouer sur l’équilibre.

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Je sais que ce n’est pas une question de volonté. Pour rester en équilibre, sans se faire aspirer par cette sensation familière de « mélancolie/culpabilité/envie de rien/j’sais pas mais ça va pas », mon secret (que j’ai piqué à Claude Lelouch) c’est de créer mes propres rituels. Ce ne sont pas de superstitions, mes rituels peuvent changer selon mes besoins, mais ce sont des actes, des gestes qui me gardent dans l’action et empêchent mon petit vélo dans ma tête de partir trop loin sans moi. Ces actions, j’essaye de les faire en conscience, pour le plaisir.

Concrètement, ça donne ça:

M’entourer de belles choses, les regarder vraiment, les sentir réellement, essayer d’en prendre soin (comme j’ai pas la main verte mais que je n’aime pas abandonner: j’ai investi dans les cactus).

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Suspendre des « trucs » pour toujours regarder vers le haut – même inconsciemment (comme cette boule à facette qui n’a pas été retirée depuis le jour de l’an 2010… ).

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Sortir mon plus beau papier à lettre et écrire ce que je ressens, comme j’en ai envie.

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Lire, toujours. Et parfois des choses légères qui changent les idées, comme les BD de Margaux Motin.

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Partir une fois par an en week-end avec mes meilleurs amis parce qu’on a qu’une vie. Mais partir aussi avec mes enfants séparément pour apprendre à les connaître hors de leur fratrie et réaliser leurs rêves. Et bien sûr, partir avec mon homme pour se rappeler combien j’aime l’aimer. Puis partir tous ensemble pour partager.

Prendre le temps tous les 6 mois, de faire des albums photos pour ne pas oublier, voir donner la bonne habitude à mon cerveau de garder surtout les bons moments.

Je suis sûre qu’il y a encore plein de choses que je me suis créé et que je fais sans plus m’en rendre compte mais qui m’aident jour après jour à rester en haut sans flancher. Le bonheur retrouvé est si précieux, si fragile, j’en ai tellement conscience. C’est une discipline quotidienne que  de changer mes habitudes pour orienter mon regard vers le beau, faire de mon mieux tout en restant tolérante avec moi même, me respecter et me faire respecter dans mes valeurs et mes choix, comprendre ce qui est bon pour moi et du coup bon pour mon entourage. C’est en étant heureuse que je rendrai mon entourage heureux – c’est de la physique quantique, oui madame. Avant de chercher à être une bonne mère, une bonne  amoureuse, une bonne enfant/soeur/tante/amie/citoyenne… j’essaye d’être juste moi et moi, je me préfère largement quand je suis comme ça:

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Reprendre goût à la vie

« Parce que l’on peut agir pour reprendre goût à la vie, petit à petit, en essayant de se faire du bien »

Parce que cela nous force à se poser les bonnes questions, à être honnête avec soi-même.

Parce que rester malheureux ne va pas faire revenir l’être aimé.

Parce que devenir heureux ne nous fera pas l’oublier.

Parce que c’est en agissant que l’on retrouve le monde des vivants.

Je vous montre pas à pas, les petits riens qui m’ont fait du bien (et aussi ceux qui ont lamentablement échoué) : 

– Faire un mur de photos qui vous donnent du baume au coeur : les bons souvenirs, la famille et les amis bienveillants…

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– Cueillir des jolis fleurs et les mettre dans un verre

– Se faire un bon thé dans une jolie tasse

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– S’entourer d’images qui nous inspirent

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– Trouver l’huile essentielle qui vous plaît (bon courage!)

-Allumer des bougies juste parce que c’est joli

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-Customiser nos vieux meubles qui nous dépriment avec des couleurs plus… enfin faire de son mieux

-Ecouter la musique qui nous fait du bien

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-Lire des livres qui nous transportent, nous soulagent, nous animent, nous ressemblent…

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-Cuisiner pour les gens qu’on aime (en commençant par soi) ou simplement manger du chocolat ou/et notre fruit préféré

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-Trouver des crèmes qui sentent bon et s’en tartiner pour se souvenir qu’on doit prendre soin de soi

-Utiliser ses dix doigts pour créer de belles choses

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Ce que j’ai essayé et qui n’a pas marché – du tout :

– Prendre un bain aux huiles essentielles avec des bougies : « je me suis demandé ce que j’attendais, au milieu d’une flaque d’huile puante en voyant mes carreaux plein de moisi (témoin de mon abandon du ménage à ce moment-là) »

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– S’habiller joli : « trop tôt, je pensais encore – s’habiller joli – pour les autres (donc malaise et impression d’être déguisée en jour de l’an pour aller à l’école) »

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– Regarder de bons films : « trop tôt, mauvais choix qui font plus pleurer misérablement qu’autre chose… »

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– Aller me balader dans la forêt : « toute seule, mmmh mauvaise idée, je me suis retrouvée à marcher comme une malheureuse en pleurant et en espérant ne croiser personne. »

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-Investir dans des plantes vertes : « je n’ai pas la main verte du tout, et les voir crever, ça m’a déprimé »

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Evidemment, ce n’est pas une recette miracle de développement personnel. Par contre, c’est mon intime conviction qu’il faut s’autoriser à vivre heureux à nouveau. Et comme plus rien ne compte quand on a perdu son enfant né ou à naître, la vie va revenir dans les détails du quotidien.

Et vous, par quels détails du quotidien avez-vous réussi à reprendre goût à la vie?

 

12 ans après, c’est comment, honnêtement?

12Honnêtement? Ben, c’est toujours aussi nul de ne pas avoir eu la chance de le voir grandir. Mais, honnêtement, ma vie est beaucoup plus vivante depuis lui.  Parce que la souffrance intolérable que sa mort m’a fait subir, je m’en suis lassée. Je ne me suis pas lassée de lui, oh non, mais de moi, écrasée par la douleur. Avant de pouvoir survivre à ça, vivre malgré ça, je me mentais beaucoup. Je croyais que ce n’était pas grave, qu’il y avait pire, que je n’étais pas si triste. Et puis, j’ai accepté ce que Gabriel m’offrait : n’ayant plus rien à perdre, pourquoi ne pas me regarder en face et vivre vraiment? Devenir honnête.

Ca paraît tellement simple, quand on le lit dans les livres de développement personnel (qui, lorsque l’on est en deuil, sont l’équivalent d’une belle barrette sur des cheveux gras), mais ça ne l’est pas du tout en vrai.

J’ai accepté quand j’ai compris que je ne pleurais pas que sur Gabriel mais aussi sur moi, sur mon rapport à la vie, sur ma valeur en tant que mère, sur ma fragilité, sur un tas de choses. Pour sortir de la souffrance, j’ai dû sacrément me démener pour trouver ce qui pouvait bien me faire plaisir, me donner du plaisir. J’avais oublié que j’y avais encore droit au plaisir. Mes premiers désirs ont été simples : aller à des concerts, prendre le temps de faire du sport… Je me suis surtout autorisée à changer, dans la douleur certes, mais changer et en quelqu’un d’encore plus moi.

Je ne pleure plus lorsque je parle de lui, j’en parle même ouvertement (heureusement en même temps, lorsqu’on a écrit un livre sur le sujet et qu’on s’apprête à créer un groupe de paroles…). Il est ma réalité, « mon premier-né n’a pas vécu », c’est ma réalité mais pas mon identité. Je l’aime pourtant, car mon amour pour lui n’est pas mort. Et comme tous les enfants, il m’a donné tout un arc en ciel de sentiments : colère, frustration, tristesse et joie. Il m’arrive encore de pleurer sur notre histoire. C’est assez rare et je me rends compte avec les années que cela arrive souvent autour de sa date anniversaire et lorsqu’un livre ou un film déclenche en moi un sentiment qui me projette en arrière – lorsque j’ai réalisé que je devrai vivre sans lui. (Donc j’avoue avoir pleuré en finissant le livre « Nos étoiles contraires » de John Green, il y a quelques jours –  avant sa date du 6 Mai).

Pour tous les parents qui me lisent et qui viennent de réaliser qu’ils vont devoir vivre sans lui ou sans elle: « Je n’ai pas de mots magiques ni de pouvoirs magiques (pourtant j’aimerai), mais je vous invite à ne pas vous contenter de survivre mais à aller chercher en vous ce qui vous permettra de vivre à nouveau. Les livres, les citations, la musique, les amis, la famille, le sport, (…) tout cela peut vous aider, mais la clé pour sortir de votre chagrin, c’est vous qui la possédez. »

M’autoriser à être honnête a été pour moi ma meilleure consolation, quelle est / quelle sera la vôtre?