12 ans après, c’est comment, honnêtement?

12Honnêtement? Ben, c’est toujours aussi nul de ne pas avoir eu la chance de le voir grandir. Mais, honnêtement, ma vie est beaucoup plus vivante depuis lui.  Parce que la souffrance intolérable que sa mort m’a fait subir, je m’en suis lassée. Je ne me suis pas lassée de lui, oh non, mais de moi, écrasée par la douleur. Avant de pouvoir survivre à ça, vivre malgré ça, je me mentais beaucoup. Je croyais que ce n’était pas grave, qu’il y avait pire, que je n’étais pas si triste. Et puis, j’ai accepté ce que Gabriel m’offrait : n’ayant plus rien à perdre, pourquoi ne pas me regarder en face et vivre vraiment? Devenir honnête.

Ca paraît tellement simple, quand on le lit dans les livres de développement personnel (qui, lorsque l’on est en deuil, sont l’équivalent d’une belle barrette sur des cheveux gras), mais ça ne l’est pas du tout en vrai.

J’ai accepté quand j’ai compris que je ne pleurais pas que sur Gabriel mais aussi sur moi, sur mon rapport à la vie, sur ma valeur en tant que mère, sur ma fragilité, sur un tas de choses. Pour sortir de la souffrance, j’ai dû sacrément me démener pour trouver ce qui pouvait bien me faire plaisir, me donner du plaisir. J’avais oublié que j’y avais encore droit au plaisir. Mes premiers désirs ont été simples : aller à des concerts, prendre le temps de faire du sport… Je me suis surtout autorisée à changer, dans la douleur certes, mais changer et en quelqu’un d’encore plus moi.

Je ne pleure plus lorsque je parle de lui, j’en parle même ouvertement (heureusement en même temps, lorsqu’on a écrit un livre sur le sujet et qu’on s’apprête à créer un groupe de paroles…). Il est ma réalité, « mon premier-né n’a pas vécu », c’est ma réalité mais pas mon identité. Je l’aime pourtant, car mon amour pour lui n’est pas mort. Et comme tous les enfants, il m’a donné tout un arc en ciel de sentiments : colère, frustration, tristesse et joie. Il m’arrive encore de pleurer sur notre histoire. C’est assez rare et je me rends compte avec les années que cela arrive souvent autour de sa date anniversaire et lorsqu’un livre ou un film déclenche en moi un sentiment qui me projette en arrière – lorsque j’ai réalisé que je devrai vivre sans lui. (Donc j’avoue avoir pleuré en finissant le livre « Nos étoiles contraires » de John Green, il y a quelques jours –  avant sa date du 6 Mai).

Pour tous les parents qui me lisent et qui viennent de réaliser qu’ils vont devoir vivre sans lui ou sans elle: « Je n’ai pas de mots magiques ni de pouvoirs magiques (pourtant j’aimerai), mais je vous invite à ne pas vous contenter de survivre mais à aller chercher en vous ce qui vous permettra de vivre à nouveau. Les livres, les citations, la musique, les amis, la famille, le sport, (…) tout cela peut vous aider, mais la clé pour sortir de votre chagrin, c’est vous qui la possédez. »

M’autoriser à être honnête a été pour moi ma meilleure consolation, quelle est / quelle sera la vôtre?

 

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3 réflexions sur “12 ans après, c’est comment, honnêtement?

  1. Bonsoir.
    Cette nuit je repense à mon fils, j ai une nuit d insomnie.
    Ma soeur a accouché la semaine dernière, et j ai plein de collègues jeunes parents qui parlent librement de leurs nouveaux nés en ma présence.
    J aimerai crier ma souffrance mais elle ne sort pas. Je suis toujours debout, mais j aimerai pouvoir parler de mon fils.
    C est si rare qu une personne me demande comment je vais sincèrement.
    Ma psy me dit que je dois oser en parler, car je suis une mère autant que les autres. Il faut que je trouve en moi cette force de continuer a parler de lui, mon premier né, pour qu il ne tombe pas dans l oubli.
    Merci pour chacun de vos articles qui m offrent du réconfort et du courage.

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    • Merci Vanessa, sincèrement. Mettre des mots, libérer la parole, c’est comme un saut dans le vide. On a peur de mettre les autres mal à l’aise, peur de devenir pour l’entourage une personne « à part », une personne à éviter. On a peur. Et pourtant, c’est aussi un espace que l’on offre aux autres pour déposer leurs propres souffrances. Chacun a en lui une souffrance qui attend d’être consolé et chacun a appris à bien la cacher par peur de « gêner ». Fais à ton rythme, commence par une personne en qui tu as confiance, choisis un moment où tu sens que les énergies sont bonnes et tente. Peut-être que ça ne sera pas le résultat que tu espères mais peut-être que oui. Ne sous-estime pas l’influence que tu peux avoir sur les autres. Je pense bien à toi, et à ton fils, Laetitia

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