Le Japon m’offre ce que j’attend depuis plus de 12 ans

mizuko jizoIl n’y a pas de mot en français, en anglais, en espagnol, en italien, en hébreux pour dire, pour nommer l’enfant que l’on a eu mais qui n’est plus.  ( voir article « l’absence de mots amène les gens à se taire »). 

Au Japon, depuis plusieurs siècles, tous les bébés nés ou à naître et qui n’ont pas survécu pour toutes les raisons possibles (IMG, avortement, fausse couche, morts-nés, raison inconnue…), sont nommés Mizuko, ce qui signifie « enfant de l’eau ».mizuko3

Enfant de l’eau car dans la religion bouddhiste japonaise (les japonais sont principalement shintoïstes et boudhistes), la croyance est que l’âme de l’enfant coule en lui et se « solidifie » avec le temps. En ce sens, l’enfant nouveau-né ou à naître est dans un entre-deux, il « est » et il « n’est pas totalement ». Il est réel et en même temps indéfini. Je trouve que cela représente bien la situation : notre enfant à naître est totalement réel : nous ressentons profondément sa perte. Et en même temps, il n’est pas défini car l’entourage ne réalise pas l’impact que peut avoir eu sa courte vie dans notre existence.

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Ces enfants ont un protecteur Mizuko Jizo, vénéré depuis le XIII ème siècle et toujours représenté comme un simple moine bouddhiste. Il protège ces bébés en les cachant dans ses manches afin de pouvoir traverser la rivière Sanzu, ce qui leur permettra de ne pas entacher leur karma et espérons-le, renaître au sein de la même famille en bonne santé.

 
Le rituel Mizuko Kuyo (plus récent, depuis le XVI ème siècle…) consiste à avoir une petite statue de Mizuko Jizo, représentant son enfant et d’en prendre soin en l’habillant (principalement d’un bonnet et d’un bavoir) , lui faire des offrandes (petits jouets, nourriture, fleurs, eau…), prier et/ou lui écrire… Cette cérémonie peut être faite autant de fois qu’on le souhaite. Dans de très nombreux temples au Japon existent des espaces dédiés à cette cérémonie.

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Je suis allée trois fois au Japon, avant mon mizuko. J’ai certainement été dans ces lieux de dévotion sans réaliser le sens de tout cela, ni même qu’un jour je me sentirai autant concernée. Depuis, mon amour pour le Japon est resté intact, je n’avais jamais compris la force de ce lien.

 
mizuko 5Aujourd’hui je comprend. Le Japon m’offre ce que j’attend depuis plus de12 ans : être reconnue par un mot de vocabulaire dans mon statut de mère malgré le décès de mon enfant, être reconnue dans ma douleur grâce à un lieu dédié, être reconnue dans mon appartenance à l’humanité par un rituel respecté aux yeux de tous – au Japon, certes.

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4 réflexions sur “Le Japon m’offre ce que j’attend depuis plus de 12 ans

  1. Bonjour,
    Tout d’abord je suis vraiment désolée de la perte de votre enfant. Mais la religion bouddhiste n’est pas aussi rose que vous la présentez et particulier les Mizukos ne sont pas aussi mignons que vous les décrivez.
    L’enfant qui décède avant sa naissance (sociale ou physique) était considéré comme un être en marge qui possède, comme vous le dites, un statut indéfini. Mais cet être n’était absolument pas considéré comme bienveillant, au contraire ! Il était dangereux et malfaisant, particulièrement envieux des vivants et de sa mère. Les rites autour Mizuko – faire des offrandes – consiste simplement à apaiser l’être dangereux et envieux qu’était le mizuko. La mort de l’enfant est en effet une terrible malédiction et l’enfant peut maudire l’ensemble de la famille. La femme est considérée comme responsable de cette mort et il est de son devoir de faire en sorte de l’apaiser. Rien de très rose et apaisant en somme.
    Si vous voulez plus d’informations, je vous conseille de lire les écrits de Mary Picone mais aussi de William Lafleur (en anglais).

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    • Bonjour, merci d’avoir pris le temps d’ajouter ces informations. Il est vrai qu’en simplifiant, je n’ai pas évoqué le côté sombre des Mizukos. C’est un choix.
      Il est évident que le rituel des Mizukos a aussi été mis en avant lors des nombreux avortements après la seconde guerre mondiale. Il est aussi vrai que les parents recherchent une forme de pardon en faisant des offrandes.
      Tout comme le sourire du Japonais : on ne sait jamais si c’est de la politesse ou de la sincérité. On ne peut pas appréhender le Japon si on n’a pas conscience du conditionnement à la collectivité dès le plus jeune âge (mieux vaut avorter qu’avoir une vie indigne devant la communauté).
      Comment savoir ce qui se cache au fond d’eux lorsqu’ils prient Mizuko Jizo? J’ai du mal à croire qu’il n’y ai que la peur de la malédiction et que ce rituel n’adoucisse pas leur chagrin, simplement par le fait de ne pas être dans le déni (ce qui est souvent le cas en Occident).
      Les différents états de réincarnation potentiels de ces bébés (dans une sorte de limbes) ne font pas non plus rêver, je vous l’accorde.
      Cela reste, pour moi, par le simple fait d’exister, une joie d’Occidentale qu’un peuple ai nommé ces bébés et leur ai accordé un rituel. Merci également pour vos propositions de lecture, je note!

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