Comment en parler?

IMG_1463

Lorsque cela nous touche, on est souvent sidéré, hébété, le temps s’est arrêté au moment où on a réalisé que plus rien ne sera plus jamais pareil. D’ailleurs le mot « jamais » n’a jamais eu autant de sens. On a perdu le mode d’emploi de la vie. Autour, rien ne change, on respire encore, le soleil brille aussi et les gens vivent leur vie comme si de rien n’était.

On vit en décalage. Personnellement, niveau communication j’ai rapidement choisi l’option des autres « tout va bien, comme si de rien n’était ». J’ai porté un masque et j’ai tout enfoui. J’ai voulu croire à la non gravité de l’évènement : ce n’est qu’une fausse couche, je suis jeune, j’en aurais d’autres, c’est mieux comme ça, dans la nature les bébés non viables sont délaissés par leur mère… J’ai nié mon deuil, totalement. Et ça, je vous le déconseille vivement.

Quand cela m’est arrivé, j’ai essayé d’en parler autour de moi mais j’ai fait beaucoup d’erreurs : en parler au mauvais endroit, en parler au mauvais moment, en parler aux mauvaises personnes. Tout cela peut se résumer en un exemple : j’en ai parlé à une inconnue au jardin d’enfants.

Ce n’est pas facile d’en parler. Parler de la mort ce n’est déjà pas évident mais parler d’un enfant qui n’a pas eu d’existence aux yeux des autres, c’est carrément mission impossible.

La preuve, quand je parlais de mon livre au début, ça donnait ça:

  • « Oh mais c’est super tu as écrit un livre?
  • Ca parle de quoi? »
  • « Du deuil périnatal »
  • = silence radio, visage fermé, communication corporelle de fuite

Comme je suis à présent en paix avec le décès de mon premier né, je n’ai pas mal vécu ces réactions. J’ai surtout réalisé à quel point la fausse couche est encore un tabou et j’ai aussi compris l’importance de la communication.

A présent je présente mon livre autrement:

  • « Oh mais c’est super tu as écrit un livre? Ca parle de quoi?
  • « Ca parle d’un sujet pas très drôle mais qui touche beaucoup de gens et c’est utile, cela parle du deuil périnatal, c’est à dire lorsque l’on perd son enfant quand on est enceinte ou quelques jours après la naissance. Toutes les personnes à qui j’en ai  parlé jusque là ont soit été personnellement touchées ou connaissent quelqu’un dans leur entourage qui a été touché. »
  • « Ah, et pourquoi tu as écrit ça? Tu as connu ça? Tu avais besoin d’extérioriser ta souffrance? »
  • « Oui, mon premier né n’a pas survécu, et non, j’étais déjà en paix avec la mort de Gabriel quand j’ai écris le livre, sinon je n’aurais jamais réussi à l’écrire de cette façon.
  • «  Je connais quelqu’un qui a perdu des jumeaux à 6 mois de grossesse mais je n’ai pas osé lui en parler, j’avais peur de remuer tout ça. »
  • « Oui je comprends, mais au contraire, il faut oser. Tu pouvais aller la voir et dire : « je ne sais pas quoi te dire mais je suis là et je suis désolé, je te présente mes condoléances ». Tout sauf le silence et l’évitement.

De là, souvent s’engage une conversation sur le tabou de la mort, de la fausse couche, de la difficulté à se soutenir et à s’entraider. Des liens sont rapidement tissés et il y a comme un soulagement à avoir été capables de parler d’un sujet essentiel mais tabou.

Comment en parler lorsque l’on n’a pas encore traversé son chemin de deuil, lorsque l’on est encore à fleur de peau, les larmes prêtes à couler (en mode chute du  Niagara – et je sais ce que c’est)

La formule magique : les bonnes personnes, en toute simplicité et sincérité. 

Si on ne dit pas ce que l’on ressent, nos proches ne sont pas toujours capables de réaliser ce que l’on traverse. Il n’y a aucune honte à demander du soutien, souvent l’entourage ne sait pas comment aborder le sujet et n’ose pas en parler en premier. S’ils demandent ce qu’ils peuvent faire, vous avez le droit de demander : « tu peux juste m’écouter ou me laisser pleurer sur ton épaule. »

Après, il ne faut pas en vouloir si la réaction de nos proches n’est pas à la hauteur de nos espérances, ils peuvent eux-même ne pas être au clair dans leur propre rapport à la mort.

Une lectrice m’a dit un jour : « il faudrait faire lire ton livre à tous ceux qui ne l’ont pas vécu pour qu’ils réalisent ». C’est dans la même idée, si vous n’osez pas en parler, soit ils ne réaliseront pas, soit ils n’oseront pas. Vous découvrirez rapidement que vous n’êtes pas seul(e). Et si après cela, vous cherchez une autre écoute, il existe beaucoup d’associations en France qui proposent des groupes de parole. N’hésitez pas à sauter le pas et à tendre la main. Pour information, rien que dans les Alpes Maritimes, il y a 150 décès (mortinatalité – grossesse après 22 semaines) par an.

Nous sommes nombreux(ses) à devoir faire face à cette épreuve que l’on ne souhaite pas même à  notre pire ennemi. Nous avons une culture faite de tabou, de pudeur, voir de sarcasme autour de la mort car nous en avons très peur.

Qui sont les personnes que l’on pleure le plus à un enterrement? Celles qui ont su tisser des liens avec leurs semblables. Revenons à l’humain, acceptons ce que nous dit notre prochain – sans en douter ni le juger.

  • « Je suis tellement malheureuse de ne pas pouvoir voir grandir mon enfant »
  • « Mais tu es jeune, tu en auras d’autres » (=remise en question et déni de la souffrance par manque d’empathie)
  • « Pourquoi tu n’entends pas ce que je viens de te dire? J’en aurais peut-être d’autres mais ce ne sera pas celui-là, tu comprends? » (= rappel de la simple réalité et recherche d’empathie et de soutien)
  • « Oui c’est vrai, pardon, j’ai dit ça parce que j’essayais de te remonter le moral, mais c’est bête. (=retour à la réalité et fin des poncifs)
  • « Non, c’est pas grave, je ne t’en veux pas. Tu sais comment j’allais l’appeler? Tu veux voir les photos? (=partage et soutien)

Parlez-en, n’ayez aucune honte, vous vous aiderez et vous aiderez les autres par la même occasion. D’avance, merci et je pense à vous dans vos futures tentatives de communication et tissage de liens avec nos semblables  🙂

Publicités

Une réflexion sur “Comment en parler?

  1. Je ne connais que trop le silence après le super tu as écrit un livre. J’en ai autopublié deux et à chaque fois, c’est difficile d’en parler et plus encore pour le deuxième!
    Bravo à vous, pour votre témoignage essentiel!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s