Mais ça, c’était avant…

Mais ça, c'était avantAvant la mort entrait dans nos maisons.

Avant on faisait une veillée funéraire, on portait le noir et les autres savaient qu’il fallait pas nous chercher des noises pendant cette période de deuil. 

Avant il y a eu des guerres, une médecine moins « efficace ».

Avant on déménageait moins, on savait dans quel cimetière on allait être enterrés – avec nos aïeuls – et sur l’écriteau à l’entrée il y avait écrit « J’étais ce que vous êtes, vous serez ce que je suis ».

Avant, lorsque quelqu’un mourrait dans un village, tout le monde (même ceux qui n’en avait pas envie) devait aller à l’enterrement.

Avant on courrait pour apporter les bébés morts-né à la chapelle de répit, de peur qu’ils restent dans les limbes.

Mais ça, c’était avant.

Aujourd’hui, les établissements de pompes funèbres pensent à filmer les cérémonies de manière à ce que, même ceux qui ne « peuvent pas » venir, puissent dire qu’ils étaient là.

Aujourd’hui on oublie que nous sommes tous mortels et que personne n’y échappe. Oui nous sommes en 2015 et oui nous sommes encore tous mortels.

Aujourd’hui il y a peu de place aux émotions telles que le chagrin, la peine, la tristesse.

Aujourd’hui, on n’a jamais autant eu de moyens de communiquer pour afficher une vie factice, et faire croire aux autres à quel point on est heureux 7j/7.

Aujourd’hui, quand on dit qu’on fait doublure gros plan dans l’industrie du porno on suscite moins de réactions que lorsque l’on dit qu’on a eu 4 enfants dont un mort-né.

Aujourd’hui on oublie qu’être vulnérable, imparfait, c’est être humain et conscient de notre mortalité.

Je choisis de parler de la mort, mais je ne suis pas morbide, bien au contraire, je suis plus vivante que beaucoup qui veulent croire que ça n’arrive qu’aux autres.

J’assume d’en parler ouvertement à tous. Je ne fuis jamais devant les questions qui pourraient appeler à une réponse anodine au lieu de la vérité.

Je m’engage à ne plus jamais porter de masque pour plaire ou par peur de m’isoler.

Grâce à ces choix, j’offre à l’autre de la place pour être lui-même. Je lui offre mes imperfections, je lui offre ma force.

Je gagne du temps de vie. 

N’est-ce pas?

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La nature humaine – Human nature

petit princeIl m’a regardé dans les yeux, il m’a demandé : «  vous savez ce que c’est? ». J’ai dit oui, c’est un garçon. Il m’a allongé sur le lit. Il m’a parlé. Il a eu le courage de me parler en faisant les premiers soins. Trouver du fil de pêche pour couper le cordon. Appuyer sur mon ventre pour évacuer les restes de placenta. Il m’a dit : « Vous êtes la personne la plus courageuse qui m’a été donné de rencontrer ».
La probabilité d’avoir à mes côtés, sur une île privée des Maldives, un gynécologue à la retraite disponible pour me secourir et surtout aussi humain, était proche de 0, voir négative. Mais il était là, pour moi. J’étais en voyage de noces, je venais d’accoucher dans ma salle de bain. Il était en voyage en famille. Il a été là pour moi.

Il a eu ce regard humain, bienveillant, rempli de compassion. Il est passé me voir au dispensaire, il a donné ses coordonnées à mon mari. Il a répondu à mes lettres, il répond à mes messages, à mes posts. Il a été là il y a douze ans et il est encore là.

il a été essentiel pour que je ne sombre pas dans la folie. J’ai été totalement anéantie par la mort de mon fils. Je ne m’attendais pas à être isolée à cause de ce deuil. J’ai détesté la nature humaine, j’en ai voulu à la terre entière de ne pas entendre ma peine, de ne pas réaliser ma perte. Mais je ne lui en ai jamais voulu à lui, il a été la lumière dans mes ténèbres. 

Il suffit d’une personne, une seule, qui soit capable de vous regarder avec votre douleur, sans détourner les yeux, sans dire des généralités maladroites, pour vous redonner confiance dans la nature humaine, dans la vie. Pour vous donner envie de retourner parmi les vivants.

On sous-estime toujours l’influence que l’on peut avoir sur les autres. 

J’aimerai organiser une rencontre, te revoir, te manifester en vrai, toute ma gratitude, mais je crains ne jamais en être capable. Je peux beaucoup de choses : écrire un livre, publier des articles sur le sujet, monter un groupe de parole… Mais je t’avoue que, te revoir, ce serait comme me replonger dans cette chambre, à cet instant, redevenir cette toute jeune femme dont la vie venait d’être bouleversée à tout jamais. Je réalise combien tu avais raison : il m’a fallu beaucoup de courage pour retourner à la vie après ce drame.

Je souhaite à tous les papas et à toutes les mamans qui vivent cette douloureuse expérience d’avoir un Mark sur leur chemin. I wish all fathers and all mothers who lived this painful experience to have someone like Mark on their way.

Merci Mark, je te serai éternellement reconnaissante
d’être dans ma vie.Mark

Thank you Mark, I will be eternally grateful to you for being in my life.