Mortelle

EnsoJe me sens amoindrie, diminuée, j’ai la vague sensation de ne plus être en mesure de réfléchir correctement, rapidement.

J’ai l’impression que l’énergie prise à survivre à la mort de mon fils, m’a aussi brûlé des neurones, beaucoup de neurones.

Oui, c’est vrai, cela m’a ouvert une nouvelle dimension de spiritualité, de compréhension, d’empathie, de tolérance…

Mais parfois, j’ai l’intuition que cela m’a tellement amenée à reconsidérer mes priorités, les choses essentielles de la vie, que je suis un peu à côté de la plaque, en dehors des problématiques que la plupart des personnes ont.

Je me sens vivre dans l’abstrait, j’ai un rythme ralenti, je prends le temps de lire des livres, de tricoter, de manger avec mes amis, d’aller chercher les enfants à l’école, de planter des graines, me poser des questions existentielles en relisant les grands philosophes…

En fait, sachant à présent la vacuité de la vie, je la vis comme le propose Nietzsche, en imaginant qu’elle peut se répéter à l’infini, alors autant ne pas perdre de temps avec les convenances et inspirons nous d’Epicure (je vous invite à le relire, pour ma part j’en avais gardé un souvenir trop vulgarisé et dénaturé de mes cours du lycée).

On peut aussi se dire, qu’on peut mourir demain ou dans 10mn… Bah oui, on peut simplement aller boire un café en terrasse, aller à un concert, aller prendre l’avion et puis piouf, juste disparaître, ne plus être là, mourir en définitif.

Alors, voilà, ce que m’a appris la mort de mon fils.

J’ai perdu beaucoup, j’ai un vide immense dans mon coeur, dans ma chair, dans mon cerveau, mais j’ai appris ce que beaucoup acquièrent à la fin de leur vie quand c’est déjà trop tard : je suis mortelle.

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