Apporte moi mes cachets

Je ne sais plus, je ne me souviens plus. Est ce que cela me touche encore? C’était il y a 13 ans. Alors, je m’interroge, est ce que j’ai vraiment appris à vivre avec? Enfin, plutôt sans. Je sais vivre sans lui à présent? C’est monstrueux, je n’en ai pas envie. Une mère ne peut pas apprendre à vivre sans son enfant. Suis je devenue inhumaine? Ou est ce que mon esprit me trompe? Je m’en méfie – toujours – de lui. Je reste sur mes gardes. J’ai nié et quand j’ai réalisé, j’ai pris un retour de manivelle assez violent, alors, oui, je me méfie des protections de mon esprit.

J’ai pris du temps pour moi, je me suis plongée à l’intérieur et très vite, j’ai tout retrouvé : l’amour et la folie.

L’amour, oui il me manque, oui il est bien là, il fait partie de moi, à sa juste place.

Et la porte où se cache ma camisole est toujours là, aussi. Je l’ai ouverte il y a 13 ans. Et derrière s’y trouvent ma part de folie, mon mode délirant. Je l’ai adoré cette folie, elle m’a protégé du monde extérieur qui ne pouvait pas comprendre, ne pouvait réaliser. Ils étaient tous fous, et moi je savais que tout cela était vain, rien n’avait plus de sens puisque Gabriel n’était plus parmi nous.

Je suis rassurée, je peux encore choisir d’ouvrir cette porte ou de rester ici, parmi nous. Ouf, je ne suis pas monstrueuse, je suis toujours humaine.

J’ai juste appris à devenir la maman d’un enfant mort. Il n’y a rien de honteux à ça. Et pourtant, l’écrire m’est douloureux.

 

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5 réflexions sur “Apporte moi mes cachets

  1. Combien de temps… combien de temps faut-il pour vivre sans la douleur de l’absence ?
    Faut dire que la vie ne m’a pas gâté mon 2eme bébé est né sans vie le 2014, le 3e en 2015 et le dernier il y a 5 jours. A chaque grossesse on reprend espoir et c’est quand on commence a se dire que c’est possible que les blessures se rouvrent. A chaque fois la douleur est différente mais a chaque fois c’est douloureux.
    La science est pour le moment impuissante face à mon cas.

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  2. Ca rejoint toutes les questions que je me pose ces temps ci, est ce qu’un jour j’en aurai fini avec ce que j’appelle les jours noirs, qui sont certes moins fréquents mais toujours là, réguliers, si durs à vivre ? Quand ? Est ce que ça voudrait dire que j’oublie ? Je ne veux pas l’oublier, je ne veux plus souffrir autant.

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    • Oui, on en finit avec ces jours noirs. Oui, on se souvient, toujours. Reste cette lancinante culpabilité de s’autoriser à vivre à nouveau malgré son absence. Quand elle vient, se rappeler l’amour, uniquement. L’amour.

      Aimé par 2 people

      • Bientôt 8 mois qu il a mis ses ailes d ange. Il me manque chaque jour. Tous ces bébés disparus trop tôt nous rappellent que la vie est un cadeau et que malgré la souffrance on se doit de vivre pour eux, pour leur rendre hommage.

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