Jouons collectif

tarotQuand la médecine a commencé à devenir toute puissante, nous avons oublié que la mort faisait partie de la vie. Nous avons cherché une cause à tous les décès : « de quoi est-il mort? de vieillesse? de maladie? laquelle? il ne s’est pas fait soigner à temps? il n’a pas pris plusieurs avis?…» Il nous faut une raison, une justification. La mort est inacceptable, et si le médecin n’est pas responsable alors ce doit être le patient qui n’a pas bien pris son traitement ou qui n’a pas assez fait de yoga, de méditation, a trop bu, n’avait pas assez de volonté…

Je pense que nous vivons dans une société qui nous donne l’illusion que nous avons à disposition tous les moyens pour optimiser notre vie et notre bonheur alors que l’essentiel n’est pas satisfait.

Le lien humain. Ce qui fait de nous des humains.

De part mon histoire personnelle, j’ai beaucoup travaillé, beaucoup réfléchi sur la résilience suite à un traumatisme. L’analogie de tous les traumas, c’est l’isolement. Que le traumatisme provienne d’une guerre, d’un deuil périnatal, d’un viol, (…) ce qui revient c’est le sentiment d’isolement. La sensation que seuls ceux qui l’ont vécu peuvent comprendre et que les autres sont dans le déni de la souffrance éprouvée. Au delà de ne pas pouvoir entendre, ils ne veulent pas entendre.

Alors, les seules solutions que l’on trouve sur le chemin de la guérison pour trouver à nouveau sa place dans la société sont : « aller consulter » et « être médicamenté », le psychiatre ou l’anti-dépresseur.

Mais finalement, le traumatisme qui pèse le plus dans le temps, ce n’est pas l’évènement en lui-même, c’est la non reconnaissance de la part de la communauté, voir même le rejet de la communauté. La sensation de ne plus appartenir au groupe, à la société, parce que ce qu’on a vécu nous en a éjecté. On ne rentre plus dans les cases.

La solution se trouve dans le lien humain. Il faut redonner de la valeur aux rituels, en créer de nouveaux. Il faut croire en l’humain. A croire que seuls les psychologues ont les réponses, on n’écoute plus, on néglige la culture populaire et le pouvoir des chansons, des pièces de théâtres, de la danse, de la consolation… Je crois que ceux qui se sont relevés d’un traumatisme ont acquis un savoir de haute lutte qui a une valeur inestimable. Valoriser ces savoirs, les mettre à disposition des autres, a tout autant d’importance que le savoir médical. Quelles ressources sont-ils allés chercher pour se relever? Etaient-ce des ressources intérieures ou extérieures?

Il y a des épreuves qui vont générer en nous un sentiment de solitude qui est extrêmement angoissant mais aussi structurant. Ce gouffre qui sera creusé en nous, sera notre puit sans fond dans lequel nous irons chercher notre force pour faire que chaque minute compte, en ayant une conscience aigüe de notre finitude. La sensation d’isolement, elle, peut uniquement nous affaiblir.

On ne sait rien de la douleur de l’autre. On a tous en nous un chagrin qui aurait besoin d’être consolé. Jouons collectif. Lâchons nos masques, mettons nos savoirs en communs et rappelons nous qu’ensemble, nous avons toutes les cartes du jeu.

 

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