Nous sommes des éléphants

Lundi 3 img_5741Octobre avaient lieu les premières assises du funéraire. Mon cours d’aqua-poney ayant été annulé, je me suis dit que passer 4 heures à écouter les  résultats d’une étude du Credoc sur le vécu du deuil allait être une super alternative pour occuper mon après-midi.

J’ai très bien fait. Quelques résultats qui confirment ce qui nous semble évident à nous, parents endeuillés : « 56% des endeuillés en activité professionnelle ont dû se mettre en retrait de leur travail (arrêt maladie, congés sans solde), 18% des endeuillés ont eu des conséquences d’épuisement, d’absentéisme ou de défaillances sur leurs vies professionnelles et des pertes de revenus. 48% des endeuillés ont ressenti une grande fatigue physique jusqu’à un an après le décès. Pour 42% des endeuillés, le deuil dure plus de 5 ans

Cette enquête a été menée auprès de plus de 3000 personnes (à partir de 18 ans) tous deuils confondus. Plus d’informations sur leur site : CSNAF et plus de détails sur cette page CSNAF détaillé

Quelques photos, parce que le Sénat et les jardins du Luxembourg, c’est vraiment la classe internationale pour une conférence.

Et en exclusivité, le premier selfie des assises du funéraire avec Tanguy Châtel, Christophe Fauré et Damien Le Guay. Si vous cliquez sur leur noms, vous verrez à quel point ce selfie est dingue.0310

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Le 4 Octobre, je suis allée à mon rdv avec la responsable qualité de vie d’une très grande entreprise française. J’ai un nouveau rdv le 4 Novembre, ce qui est très bon signe. Sur ce sujet, je ne peux pas encore vous en dire plus. A suivre donc!

Votre participation au sondage a été vraiment très utile, les chiffres ont eu un réel impact sur la prise de conscience de mes interlocuteurs concernant la nécessité d’accompagner les parents endeuillés.

Pour ceux qui n’ont pas suivi, je participe au programme Ticket for Change qui m’aide à créer mon entreprise sociale. Je crée des solutions innovantes pour accompagner les parents ayant vécu un deuil périnatal dans leur vie privée et/ou professionnelle.

A ce jour un prototype de plate-forme d’entraide et de partage est en phase de test. L’objectif est de créer le site web qui aura le contenu le plus adapté aux besoins des parents pour leur apporter une sensation de soulagement. Difficile d’en dire plus à ce jour, mais de nombreux projets qualitatifs sont en cours.

Pour ce qui concerne le projet accompagnement dans le retour à la vie professionnelle, je travaille aujourd’hui à trouver l’entreprise pilote avec laquelle je vais faire les premières formations, ateliers de sensibilisation et accompagnements.

Nous sommes en route! Mon objectif est que les parents aient le choix, le choix d’être accompagnés ou pas, d’avoir accès à des services ou pas, d’en parler ou pas. Il n’y a aucune injonction au bonheur. Seulement, la possibilité d’avoir le choix quand on se sent prêts à apprendre à vivre avec et que l’on ne sait pas par où commencer.

Mes valeurs sont respecter, proposer, inspirer.

PS: les éléphants, parce que eux aussi ne sont pas indifférents à la mort de leurs proches

 

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Comme si de rien n’était

imageC’est ça qui m’a fait le plus de mal : « comme si de rien n’était », alors qu’en réalité, c’était juste la fin du monde. Juste la fin du monde.

Si on dit que ça fait mal, c’est que ça fait mal. Si on dit que le monde vient de s’écrouler sous nos pieds, c’est la vérité. Comment ne peut-on pas comprendre que perdre un enfant c’est l’épreuve la plus difficile à surmonter? Alors oui, à partir de quel stade est-ce un enfant? LA fameuse question qui autorise la place à la souffrance.

Donc l’humanité en serait arrivée là? Il faut des preuves, des justificatifs pour autoriser, reconnaître la douleur de l’autre? A quel moment voit-on l’autre comme il est, comme il se présente? A quel moment reconnait-on notre part dans le soulagement de sa douleur? A quel moment a t’on oublié que le simple fait d’acquiescer, de reconnaître, de respecter, étaient superflus? Qu’il valait mieux faire comme si de rien n’était, ne pas remuer le couteau dans la plaie, passer à autre chose…

Comme si de rien n’était alors que c’était juste la fin du monde, juste la fin du monde.

Le deuil se soigne, s’accompagne. Il faut cesser cette facile fatalité, cette forme de mépris de ramener toujours le sujet à la sphère de ‘l’intime’. Qui ose parler de l’intime quand tout s’affiche aujourd’hui, tout sauf le vécu du deuil? Tout sauf l’acceptation des émotions comme la tristesse, le temps nécessaire du deuil. Mais ce n’est pas un gros mot, ce n’est pas obscène, c’est juste la réalité.

La mort fait partie de la vie et en parler, ce n’est pas offusquer l’autre, c’est attendre de l’autre qu’il valide notre existence malgré notre effroyable sentiment de vide. Parler, c’est déjà tendre une main pour essayer de s’en sortir, essayer de revenir à la vie, de l’investir à nouveau.

La mort fait partie de la vie et tant qu’on ne sait pas qu’on est mortel, on ne réalise pas qu’on est vivant.

Alors je travaille, je travaille par exemple à trouver comment accompagner les parents qui retournent au travail. J’ai des rendez-vous avec des entreprises, je leur explique avec leur langage (les chiffres) combien de personnes sont touchées, combien coûte un salarié qui part en congé maladie suite à un deuil périnatal et qu’il faudrait penser à lui proposer un accompagnement dans le cadre de la RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise), de la qualité de vie au travail, de la marque entreprise… Oui, je lutte contre le fatalisme, mais parfois, comme aujourd’hui, alors que je viens de voir le film de Xavier Dolan « Juste la fin du monde », j’aimerai que ce soit évident pour tout le monde. Evident que oui, perdre un bébé pendant la grossesse ou quelques jours après la naissance, pour les parents , c’est juste la fin du monde. Et il est inutile de parler de chiffres ou d’impact financier dans ce cas. Il faut simplement se rappeler qu’en tant qu’être humain on a la responsabilité des uns et des autres. Que perdre un enfant, c’est un drame qui désorganise totalement la vie des parents, et que seuls, ils ne peuvent pas s’en sortir. Ils y arriveront, la vie continue, il y aura même peut-être d’autres enfants. Mais au bout de combien de temps? Et au prix de combien de masques à porter?

Quand un deuil périnatal survient, la société doit faire son boulot, elle doit accompagner les parents. Accompagner, ça commence par ne pas faire comme si de rien n’était

 

 

 

Apporte moi mes cachets

Je ne sais plus, je ne me souviens plus. Est ce que cela me touche encore? C’était il y a 13 ans. Alors, je m’interroge, est ce que j’ai vraiment appris à vivre avec? Enfin, plutôt sans. Je sais vivre sans lui à présent? C’est monstrueux, je n’en ai pas envie. Une mère ne peut pas apprendre à vivre sans son enfant. Suis je devenue inhumaine? Ou est ce que mon esprit me trompe? Je m’en méfie – toujours – de lui. Je reste sur mes gardes. J’ai nié et quand j’ai réalisé, j’ai pris un retour de manivelle assez violent, alors, oui, je me méfie des protections de mon esprit.

J’ai pris du temps pour moi, je me suis plongée à l’intérieur et très vite, j’ai tout retrouvé : l’amour et la folie.

L’amour, oui il me manque, oui il est bien là, il fait partie de moi, à sa juste place.

Et la porte où se cache ma camisole est toujours là, aussi. Je l’ai ouverte il y a 13 ans. Et derrière s’y trouvent ma part de folie, mon mode délirant. Je l’ai adoré cette folie, elle m’a protégé du monde extérieur qui ne pouvait pas comprendre, ne pouvait réaliser. Ils étaient tous fous, et moi je savais que tout cela était vain, rien n’avait plus de sens puisque Gabriel n’était plus parmi nous.

Je suis rassurée, je peux encore choisir d’ouvrir cette porte ou de rester ici, parmi nous. Ouf, je ne suis pas monstrueuse, je suis toujours humaine.

J’ai juste appris à devenir la maman d’un enfant mort. Il n’y a rien de honteux à ça. Et pourtant, l’écrire m’est douloureux.

 

Mamans plurielles

Version 2Pour fêter ensemble ce jour particulier, je vous invite à ne pas oublier votre instinct, votre force intérieure qui vous dit ce que vous savez au plus profond de vous : vous êtes une mère formidable. Imparfaite, certes, comme nous toutes. Mais pourquoi choisir? Vous êtes libres de vivre vos émotions comme bon vous semble, libres de pleurer toute la journée et de rire. Libérez l’instinct qui est en vous, qui vous guidera vers l’apaisement quand votre mental fait du petit vélo dans votre tête. Vous êtes puissantes, vous êtes sacrées. Pour repérer votre instinct,  écoutez votre corps, il sait. « Est ce que vous avez envie de sortir? » Ecoutez votre corps : la sensation est désagréable = restez à la maison / vous avez des papillons dans le ventre = sortez. Petit à petit, vous allez vous reconnecter à vos sensations. Ayez confiance en vous, moi, j’ai confiance en vous et je vous souhaite une bonne fête des mères. Je vous laisse dans les mains des Brigitte qui vous incitent « d’oser choisir de ne pas choisir et s’offrir l’infini des possibles ».

13

photoA 13 ans, j’ai fait mon premier baiser avec la langue et j’ai trouvé ça franchement dégoûtant. J’ai désespéré de ne pas voir pousser mes seins en écoutant ma maman dire à ses amies : »ma fille, c’est comme les églises, elle garde ses saints à l’intérieur ». J’ai eu ma première expérience de plaisir livresque en découvrant les histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe. A 13 ans, j’étais en vie.

Pour tes 13 ans, j’ai beaucoup réfléchi à ton cadeau. Je vais t’offrir ce que j’ai de plus beau en moi et que tu as largement contribué à développer.

Je t’offre l’oubli. L’oubli de ce qui m’a le plus blessé après ton décès, c’est à dire la réaction de mon entourage, qui dans la majorité des cas, était inadaptée. J’ai compris avec le temps que seuls ceux qui ont vécu ce drame sont capables de réaliser. J’ai appris à mieux communiquer pour être en lien avec les autres car nous avons tous en nous un chagrin qui a besoin d’être consolé. J’ai oublié ma colère, j’ai grandi, je me suis élevée.

Je t’offre mon amour, car c’est le seul cadeau qui peut aller jusqu’à toi. Si tu n’existes que dans mon coeur, alors cet amour m’aidera .

13 ans, c’est si loin et ce sera pourtant toujours si proche, si profondément ancré en moi.

Il est possible d’apprendre à vivre avec, il est possible d’accepter ce qui n’a pas de sens, il est possible d’être heureux à nouveau. Ce ne sera pas sans difficulté, ni sans douleur, mais c’est possible.