La nature humaine – Human nature

petit princeIl m’a regardé dans les yeux, il m’a demandé : «  vous savez ce que c’est? ». J’ai dit oui, c’est un garçon. Il m’a allongé sur le lit. Il m’a parlé. Il a eu le courage de me parler en faisant les premiers soins. Trouver du fil de pêche pour couper le cordon. Appuyer sur mon ventre pour évacuer les restes de placenta. Il m’a dit : « Vous êtes la personne la plus courageuse qui m’a été donné de rencontrer ».
La probabilité d’avoir à mes côtés, sur une île privée des Maldives, un gynécologue à la retraite disponible pour me secourir et surtout aussi humain, était proche de 0, voir négative. Mais il était là, pour moi. J’étais en voyage de noces, je venais d’accoucher dans ma salle de bain. Il était en voyage en famille. Il a été là pour moi.

Il a eu ce regard humain, bienveillant, rempli de compassion. Il est passé me voir au dispensaire, il a donné ses coordonnées à mon mari. Il a répondu à mes lettres, il répond à mes messages, à mes posts. Il a été là il y a douze ans et il est encore là.

il a été essentiel pour que je ne sombre pas dans la folie. J’ai été totalement anéantie par la mort de mon fils. Je ne m’attendais pas à être isolée à cause de ce deuil. J’ai détesté la nature humaine, j’en ai voulu à la terre entière de ne pas entendre ma peine, de ne pas réaliser ma perte. Mais je ne lui en ai jamais voulu à lui, il a été la lumière dans mes ténèbres. 

Il suffit d’une personne, une seule, qui soit capable de vous regarder avec votre douleur, sans détourner les yeux, sans dire des généralités maladroites, pour vous redonner confiance dans la nature humaine, dans la vie. Pour vous donner envie de retourner parmi les vivants.

On sous-estime toujours l’influence que l’on peut avoir sur les autres. 

J’aimerai organiser une rencontre, te revoir, te manifester en vrai, toute ma gratitude, mais je crains ne jamais en être capable. Je peux beaucoup de choses : écrire un livre, publier des articles sur le sujet, monter un groupe de parole… Mais je t’avoue que, te revoir, ce serait comme me replonger dans cette chambre, à cet instant, redevenir cette toute jeune femme dont la vie venait d’être bouleversée à tout jamais. Je réalise combien tu avais raison : il m’a fallu beaucoup de courage pour retourner à la vie après ce drame.

Je souhaite à tous les papas et à toutes les mamans qui vivent cette douloureuse expérience d’avoir un Mark sur leur chemin. I wish all fathers and all mothers who lived this painful experience to have someone like Mark on their way.

Merci Mark, je te serai éternellement reconnaissante
d’être dans ma vie.Mark

Thank you Mark, I will be eternally grateful to you for being in my life.

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Concevoir

concevoirConcevoir : définition (Larousse) / réalité (la mienne)

  • Accomplir l’acte sexuel par lequel sera engendré l’enfant / J’ai conçu un enfant qui n’a pas survécu  
  • Élaborer quelque chose dans son esprit / Alors, dans mon esprit, les plombs ont disjoncté
  • Comprendre, saisir par l’esprit, admettre / J’ai compris, j’ai bien saisi et admis que plus rien ne serait comme avant
  • Se mettre à éprouver un sentiment, en particulier à la suite d’un événement quelconque / Suite à cet évènement, j’ai éprouvé milles sentiments 

Concevoir, c’est fou comme un mot peut être lourd de sens. Je conçois comme la vie peut être une sacrée farceuse (pour ne pas dire une grosse salope), je conçois que le temps a la saveur que l’on veut bien lui donner, je conçois que lorsque l’on a vécu un évènement traumatique (comme la perte d’un enfant né ou à naître par exemple…) on ne conçoit plus. On est face à soi-même, on visite les recoins les plus sombres de son âme et on oublie toutes les définitions du mot concevoir.

laetitia_pola19Je conçois que je ne te connais pas, je ne connais pas ton histoire, ta souffrance, tes peurs; je ne peux pas non plus t’écouter, ni te prendre dans mes bras pour te consoler. Je peux seulement t’inspirer un petit peu et te proposer de penser à cette définition. Si concevoir peut insuffler un peu de vie dans ton quotidien, vas-y. Ca peut-être milles choses : travaux manuels, sport, projets de voyage, écriture d’un recueil de lettres ou de poèmes, retrouver des anciens amis ou cousins, changer de métier…

J’ai conçu ce livre, ce blog, cette page Facebook dans l’espoir d’aider au moins une personne. Je voulais offrir à une personne, ce que j’aurai aimé trouver quand j’ai fait ma fausse couche tardive, quand Gabriel est décédé.

Aujourd’hui, j’ai du mal à concevoir que nous sommes plusieurs centaines, qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’une personne ne m’écrive pour me remercier d’avoir trouvé les mots justes, que je vais bientôt devoir lancer une nouvelle impression du livre…

Ma définition personnelle de concevoir, c’est : se tendre la main.

Le Japon m’offre ce que j’attend depuis plus de 12 ans

mizuko jizoIl n’y a pas de mot en français, en anglais, en espagnol, en italien, en hébreux pour dire, pour nommer l’enfant que l’on a eu mais qui n’est plus.  ( voir article « l’absence de mots amène les gens à se taire »). 

Au Japon, depuis plusieurs siècles, tous les bébés nés ou à naître et qui n’ont pas survécu pour toutes les raisons possibles (IMG, avortement, fausse couche, morts-nés, raison inconnue…), sont nommés Mizuko, ce qui signifie « enfant de l’eau ».mizuko3

Enfant de l’eau car dans la religion bouddhiste japonaise (les japonais sont principalement shintoïstes et boudhistes), la croyance est que l’âme de l’enfant coule en lui et se « solidifie » avec le temps. En ce sens, l’enfant nouveau-né ou à naître est dans un entre-deux, il « est » et il « n’est pas totalement ». Il est réel et en même temps indéfini. Je trouve que cela représente bien la situation : notre enfant à naître est totalement réel : nous ressentons profondément sa perte. Et en même temps, il n’est pas défini car l’entourage ne réalise pas l’impact que peut avoir eu sa courte vie dans notre existence.

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Ces enfants ont un protecteur Mizuko Jizo, vénéré depuis le XIII ème siècle et toujours représenté comme un simple moine bouddhiste. Il protège ces bébés en les cachant dans ses manches afin de pouvoir traverser la rivière Sanzu, ce qui leur permettra de ne pas entacher leur karma et espérons-le, renaître au sein de la même famille en bonne santé.

 
Le rituel Mizuko Kuyo (plus récent, depuis le XVI ème siècle…) consiste à avoir une petite statue de Mizuko Jizo, représentant son enfant et d’en prendre soin en l’habillant (principalement d’un bonnet et d’un bavoir) , lui faire des offrandes (petits jouets, nourriture, fleurs, eau…), prier et/ou lui écrire… Cette cérémonie peut être faite autant de fois qu’on le souhaite. Dans de très nombreux temples au Japon existent des espaces dédiés à cette cérémonie.

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Je suis allée trois fois au Japon, avant mon mizuko. J’ai certainement été dans ces lieux de dévotion sans réaliser le sens de tout cela, ni même qu’un jour je me sentirai autant concernée. Depuis, mon amour pour le Japon est resté intact, je n’avais jamais compris la force de ce lien.

 
mizuko 5Aujourd’hui je comprend. Le Japon m’offre ce que j’attend depuis plus de12 ans : être reconnue par un mot de vocabulaire dans mon statut de mère malgré le décès de mon enfant, être reconnue dans ma douleur grâce à un lieu dédié, être reconnue dans mon appartenance à l’humanité par un rituel respecté aux yeux de tous – au Japon, certes.

N’être mère

IMG_4785Aujourd’hui je souhaite de tout mon coeur la fête des mères à toutes les mamans. J’ai moi même fêté une fête des mères juste après le décès de mon premier-né. Lors de cette journée, quelqu’un m’a dit « Vous verrez, vous aussi, un jour vous serez mère ». Ce jour là, trop faible, j’ai seulement pleuré.

A présent, je veux que vous sachiez qu’être mère ne dépend pas de la durée de vie de votre enfant. J’aimerais avoir des pouvoirs magiques pour pouvoir rencontrer Gabriel à nouveau – ne serait-ce qu’un instant – mais ce ne sera pas possible. Alors, comme je sais que nous faisons toutes le même souhait, je pense à vous toutes : celles qui n’ont pas encore eu la joie d’une nouvelle grossesse, celles qui ont eu un ou plusieurs enfants depuis, celles à qui cela vient d’arriver.

Nous sommes toutes des mères et nous savons. L’amour d’une mère est aussi sa force, je vous envoie par ce message : de l’espoir, de l’amour et de la force.

« J’entends au-dessus de moi dans les cieux 

Les anges qui murmurent entre eux 

Ils ne peuvent trouver de mot d’amour plus grand 

Que celui-ci : Maman »

Edgar Allan Poe

Garder le goût de vivre

Parce qu’une fois que l’on a réalisé l’exploit de reprendre goût à la vie, il nous reste encore une immense tâche à accomplir: LE GARDER!

Lorsque l’on a réussi à remonter la pente, toute lestée de son chagrin d’avoir perdu un enfant, on a comme une forte envie de rester tout en haut sans retomber au fond du gouffre. On ne sait que trop bien, comme il y fait sombre et froid, comme on s’y sent seule et triste. Tout va se jouer sur l’équilibre.

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Je sais que ce n’est pas une question de volonté. Pour rester en équilibre, sans se faire aspirer par cette sensation familière de « mélancolie/culpabilité/envie de rien/j’sais pas mais ça va pas », mon secret (que j’ai piqué à Claude Lelouch) c’est de créer mes propres rituels. Ce ne sont pas de superstitions, mes rituels peuvent changer selon mes besoins, mais ce sont des actes, des gestes qui me gardent dans l’action et empêchent mon petit vélo dans ma tête de partir trop loin sans moi. Ces actions, j’essaye de les faire en conscience, pour le plaisir.

Concrètement, ça donne ça:

M’entourer de belles choses, les regarder vraiment, les sentir réellement, essayer d’en prendre soin (comme j’ai pas la main verte mais que je n’aime pas abandonner: j’ai investi dans les cactus).

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Suspendre des « trucs » pour toujours regarder vers le haut – même inconsciemment (comme cette boule à facette qui n’a pas été retirée depuis le jour de l’an 2010… ).

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Sortir mon plus beau papier à lettre et écrire ce que je ressens, comme j’en ai envie.

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Lire, toujours. Et parfois des choses légères qui changent les idées, comme les BD de Margaux Motin.

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Partir une fois par an en week-end avec mes meilleurs amis parce qu’on a qu’une vie. Mais partir aussi avec mes enfants séparément pour apprendre à les connaître hors de leur fratrie et réaliser leurs rêves. Et bien sûr, partir avec mon homme pour se rappeler combien j’aime l’aimer. Puis partir tous ensemble pour partager.

Prendre le temps tous les 6 mois, de faire des albums photos pour ne pas oublier, voir donner la bonne habitude à mon cerveau de garder surtout les bons moments.

Je suis sûre qu’il y a encore plein de choses que je me suis créé et que je fais sans plus m’en rendre compte mais qui m’aident jour après jour à rester en haut sans flancher. Le bonheur retrouvé est si précieux, si fragile, j’en ai tellement conscience. C’est une discipline quotidienne que  de changer mes habitudes pour orienter mon regard vers le beau, faire de mon mieux tout en restant tolérante avec moi même, me respecter et me faire respecter dans mes valeurs et mes choix, comprendre ce qui est bon pour moi et du coup bon pour mon entourage. C’est en étant heureuse que je rendrai mon entourage heureux – c’est de la physique quantique, oui madame. Avant de chercher à être une bonne mère, une bonne  amoureuse, une bonne enfant/soeur/tante/amie/citoyenne… j’essaye d’être juste moi et moi, je me préfère largement quand je suis comme ça:

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