La fleur est une vraie fleur avant même qu’elle ne soit en bouton

prince« La fleur est une vraie fleur avant même qu’elle ne soit en bouton, l’arbre est un vrai arbre quand il est encore une graine et il sera encore une créature vivante quand il sera très vieux. Est vrai ce qui a en soi la vie. » Clarissa Pinkola Estés 

A présent, arrêtez de vous torturez. Vous êtes une maman, un papa, et le décès de votre enfant n’a pas effacé son existence ou votre réalité de mère ou de père.

Ce qui est vrai est ce que vous savez au fond de vous. Ecoutez votre instinct, c’est lui qui va vous aider à guérir, à revivre. Acceptez vos émotions, toutes. Vous avez la rage? Hurlez de douleur. Vous avez envie de mourir de chagrin? Pleurez toutes les larmes de votre corps, pendant de jours, des semaines s’il le faut. Vous êtes en colère? Peignez un tableau de la couleur de votre colère, dansez votre colère, chantez la. Vous vous sentez seul? Si vous lisez ce texte, voici la preuve que vous ne l’êtes pas. Vous pensez devenir fou? Nous le sommes tous, et je suis la reine en ce royaume.

Votre vie a changé, elle ne sera plus jamais la même et vous non plus. C’est un fait.

Vous allez souffrir, c’est inévitable. Mais vous allez guérir.

Cela prendra du temps, votre temps à vous. Un jour vous allez respirer à nouveau, rire à nouveau, voir les couleurs autrement, entendre la musique d’une nouvelle oreille. La cicatrice sera toujours là, elle vous tirera par périodes, mais elle ne sera plus béante.

Prenez soin de votre douleur, prenez soin de vous.

Prince, j’allais spécialement au Virgin des Champs Elysées pour acheter des versions qu’on ne trouvait nulle part ailleurs… Peu de gens le savent, mais il a eu un fils. Son fils, Gregory est décédé quelques jours après sa naissance. Ca ne le rapproche pas de moi, mais oui, même un  génie peut subir un tel drame sans raison. Il n’y a pas de justice ou de raison divine qui explique pourquoi cela nous arrive. Abandonnez aussi ce terrain, cessez de vous demandez « pourquoi moi? ».

Prince on peut le dire, avait la foi. Avec sa taille, ses tenues improbables torse poils, à base de talons de douze, de coiffures à étage… Et pourtant, pour l’avoir vu en vrai, il dégageait une sexualité animale et n’était absolument pas ridicule, bon c’est sûr il avait le talent. Il ne suivait pas la mode, il créait sa mode. Donc : ayez foi en ce que vous ressentez, vivez le, prenez votre temps, à votre rythme. Vous êtes libres de soigner votre douleur, n’en soyez pas victime.

N’oubliez pas qu’il existe aussi des groupes de paroles si vous ressentez le besoin de partager vos émotions avec des personnes qui peuvent tout entendre.

Pour tous les fous présents sur ce site :

Crazy

I remember when, I remember, I remember when I lost my mind
There was something so pleasant about that place.
Even your emotions had an echo
In so much space

And when you’re out there
Without care,
Yeah, I was out of touch
But it wasn’t because I didn’t know enough
I just knew too much

Does that make me crazy?
Does that make me crazy?
Does that make me crazy?
Possibly

And I hope that you are having the time of your life
But think twice, that’s my only advice

Come on now, who do you, who do you, who do you, who do you think you are,
Ha ha ha bless your soul
You really think you’re in control

Well, I think you’re crazy
I think you’re crazy
I think you’re crazy
Just like me

My heroes had the heart to lose their lives out on a limb
And all I remember is thinking, I want to be like them
Ever since I was little, ever since I was little it looked like fun
And it’s no coincidence I’ve come
And I can die when I’m done

Maybe I’m crazy
Maybe you’re crazy
Maybe we’re crazy
Probably

 

 

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Je suis vulnérable

bilibineJusque là, je pensais quêtre vulnérable était une faiblesse. Je pensais qu’il fallait se protéger de sa vulnérabilité. J’avais peur que celle-ci me submerge, j’avais peur de moi, peur de ne pas savoir revenir à la berge, peur de m’y noyer et de retourner dans ma part sombre, dans ma folie.

J’ai écrit un livre. Ce n’est pas juste un livre, c’est un témoignage de mon histoire personnelle sur l’événement le plus traumatique de ma vie. Je l’ai écrit sans fard ni faux semblant.

  1. Première peur à surmonter : la mort de mon premier-né va t’elle devenir mon identité aux yeux des autres? Vais-je être réduite à « ça »? (je sais ça pique les yeux de le lire). Dans les faits, non, ce n’est absolument pas devenu mon identité. C’est devenu un moyen extraordinaire de rentrer en relation avec de nombreuses personnes dépourvues de jugement superficiel. J’ai gagné du temps à me présenter telle que je suis.
  2. J’ai reçu de nombreux messages de remerciements. Deuxième peur à gérer : Ne vont-ils pas trop attendre de mon livre? Ne vais-je pas les décevoir? Vais-je pouvoir aider? Je sais, c’est n’importe quoi. Pourtant, il m’a fallu un bon nombre d’échanges avec mes lecteurs pour comprendre qu’ils n’attendaient pas de moi  « de pouvoirs magiques ». Bah oui, parce que mes lecteurs sont de grandes personnes qui ont leur propre vie et qui ne m’ont pas attendu pour la vivre. Le livre se suffit à lui-même pour aider, il n’y a pas d’attente supplémentaire.
  3. Je vais créer un groupe de parole dans ma région car je pense que c’est un vrai soutien pour aider les parents endeuillés. Dernière peur : Suis-je capable d’entendre les témoignages d’autres parents sans m’effondrer? Ne devrais-je pas me préserver et prendre de la distance face au malheur des parents endeuillés (du fait que j’en ai déjà eu ma part)? Et bien non. Non, la vulnérabilité ce n’est pas mal. C’est ce qui nous rend humain et qui nous permet d’aider les autres. Etre vulnérable, c’est être capable de compassion, de montrer à l’autre que sa douleur est légitime. Ce n’est pas parce que je vais être touchée par l’histoire d’un parent que je vais retourner dans la période la plus sombre de ma vie, où, sur le chemin de mon deuil, je suis passée par une phase délirante. Oui, leur récit peut faire écho, la cicatrice peut se réactiver, mais ce n’est pas dangereux. A nouveau, les parents n’attendront rien de plus de moi. Je leur donnerai ce que je suis en mesure de donner.

Je reviens d’une formation sur l’accompagnement des personnes vivant un deuil périnatal et j’ai eu la chance de rencontrer une psychologue clinicienne de grande qualité. Elle m’a appris plusieurs choses : « Le deuil périnatal a cela de spécifique que l’on gardera toujours en soi une part inconsolable mais on peut apprendre à vivre avec. » « Tant que le traumatisme n’est pas élaboré (mettre des mots dessus), la colère stagnera »…

J’ai aussi compris quelque chose d’essentiel à mes yeux : Je ne suis pas une personne faible. J’ai vécu un évènement traumatique dont l’intensité psychique est telle, que je n’aurai pas pu réagir autrement. En gros, si tu tires une balle dans la tête de quelqu’un, sa réaction ne va pas dépendre de sa personnalité ni de sa fragilité ou de sa force. 

Qui suis-je? Je suis vulnérable mais pas que. Je suis une personne singulière qui a sa propre histoire, donc je suis comme toi, comme vous : une personne singulière qui a sa propre histoire. Et oui : je, toi, nous, sommes tous vulnérables car nous sommes humains, et c’est essentiel.

Formation dispensée par Chantal Papin, psychologue clinicienne et formatrice à la Fédération Européenne Vivre son deuil

12 ans après, c’est comment, honnêtement?

12Honnêtement? Ben, c’est toujours aussi nul de ne pas avoir eu la chance de le voir grandir. Mais, honnêtement, ma vie est beaucoup plus vivante depuis lui.  Parce que la souffrance intolérable que sa mort m’a fait subir, je m’en suis lassée. Je ne me suis pas lassée de lui, oh non, mais de moi, écrasée par la douleur. Avant de pouvoir survivre à ça, vivre malgré ça, je me mentais beaucoup. Je croyais que ce n’était pas grave, qu’il y avait pire, que je n’étais pas si triste. Et puis, j’ai accepté ce que Gabriel m’offrait : n’ayant plus rien à perdre, pourquoi ne pas me regarder en face et vivre vraiment? Devenir honnête.

Ca paraît tellement simple, quand on le lit dans les livres de développement personnel (qui, lorsque l’on est en deuil, sont l’équivalent d’une belle barrette sur des cheveux gras), mais ça ne l’est pas du tout en vrai.

J’ai accepté quand j’ai compris que je ne pleurais pas que sur Gabriel mais aussi sur moi, sur mon rapport à la vie, sur ma valeur en tant que mère, sur ma fragilité, sur un tas de choses. Pour sortir de la souffrance, j’ai dû sacrément me démener pour trouver ce qui pouvait bien me faire plaisir, me donner du plaisir. J’avais oublié que j’y avais encore droit au plaisir. Mes premiers désirs ont été simples : aller à des concerts, prendre le temps de faire du sport… Je me suis surtout autorisée à changer, dans la douleur certes, mais changer et en quelqu’un d’encore plus moi.

Je ne pleure plus lorsque je parle de lui, j’en parle même ouvertement (heureusement en même temps, lorsqu’on a écrit un livre sur le sujet et qu’on s’apprête à créer un groupe de paroles…). Il est ma réalité, « mon premier-né n’a pas vécu », c’est ma réalité mais pas mon identité. Je l’aime pourtant, car mon amour pour lui n’est pas mort. Et comme tous les enfants, il m’a donné tout un arc en ciel de sentiments : colère, frustration, tristesse et joie. Il m’arrive encore de pleurer sur notre histoire. C’est assez rare et je me rends compte avec les années que cela arrive souvent autour de sa date anniversaire et lorsqu’un livre ou un film déclenche en moi un sentiment qui me projette en arrière – lorsque j’ai réalisé que je devrai vivre sans lui. (Donc j’avoue avoir pleuré en finissant le livre « Nos étoiles contraires » de John Green, il y a quelques jours –  avant sa date du 6 Mai).

Pour tous les parents qui me lisent et qui viennent de réaliser qu’ils vont devoir vivre sans lui ou sans elle: « Je n’ai pas de mots magiques ni de pouvoirs magiques (pourtant j’aimerai), mais je vous invite à ne pas vous contenter de survivre mais à aller chercher en vous ce qui vous permettra de vivre à nouveau. Les livres, les citations, la musique, les amis, la famille, le sport, (…) tout cela peut vous aider, mais la clé pour sortir de votre chagrin, c’est vous qui la possédez. »

M’autoriser à être honnête a été pour moi ma meilleure consolation, quelle est / quelle sera la vôtre?

 

Politiquement incorrect?

ecran tvAujourd’hui, lorsqu’une « personne connue » décède, la société parvient à créer des rites, parvient à s’émouvoir et à faire son rôle civique, c’est à dire rendre hommage et supporter (dans le bon sens) ceux qui restent. Mais lorsque notre voisin meurt, on se demande si on doit aller ou non à son enterrement car finalement on le connaissait peu et puis y’a quand même un super film à la télé ce jour là. C’est comme ça que les médias nous informent de : « 3 champions morts et 7 autres personnes », sans que personne ne s’offusque alors que la formulation de circonstance serait « 10 personnes mortes dont 3 champions ». C’est aussi comme ça que l’on peut entendre nos propres parents nous dire : « oh pour mon enterrement, je veux un truc très simple, pas de chichi« . Et de devoir expliquer, que non, ça va pas être possible, un truc sans chichi, car moi, quand vous serez morts, j’aurai beaucoup plus de peine que lorsque Lady Di ou Mickael Jackson sont morts. Moi, pour réussir à accepter, j’veux la totale: le discours larmoyant du curé, les couronnes de fleurs, la musique qui fend le coeur, la veillée avec les bougies… J’aurais besoin de faire toutes les étapes du rite, TOUTES. Sans déconner, je veux bien respecter les derniers voeux, mais c’est pour ceux qui restent que c’est dur.

De la même manière, j’ai pu, avec regret, constater le miroir déformant des médias lors de l’intervention d’Ingrid Chauvin à l’émission les Maternelle de France5. C’était courageux de sa part de venir témoigner de la mort de son enfant à 5 mois il y a moins d’un an et du livre qu’elle a écrit à ce propos. C’est tout à fait honorable de profiter de sa célébrité pour obtenir des dons qui serviront à aider les parents d’enfants hospitalisés. Dans l’émission du soir « C à vous », elle a même parlé des nombreux parents qui restent dans l’isolement et pour qui le partage, même s’il ne guérit pas, peut déjà aider.

Mais, car il y a un mais, cela va t’il réellement servir la cause de tous les parents qui ont perdu un enfant? Comment accepter qu’une présentatrice ai une réflexion aussi cruche que « la langue française n’a pas de mot, ça prouve à quel point c’est insupportable, inimaginable ». Non la langue française et beaucoup d’autres langues n’ont pas de mot car ça ne sert pas à l’administration (voir la vidéo d’Isabelle Constant au Tedx Vaugirard). A aucun moment, je n’ai entendu le mot tabou. Et pourtant, ce mot tabou est présent sur tous les sites d’associations de deuil périnatal, dans tous les livres témoignages, dans tous les groupes de paroles. Alors, qui de la poule ou de l’oeuf? Pourquoi cela paraît plus facile d’avoir de l’empathie et de la compréhension pour une célébrité que pour un membre de sa famille? Peut-être parce que cela n’engage à rien.

Par contre, si les médias décident que parler de la mort d’un nourrisson ou d’un enfant à naître (n’être?) n’est plus un tabou, je veux bien qu’ils donnent aussi le mode d’emploi pour nous apprendre à nous décoller de nos écrans et à nous encourager à parler avec nos proches de nos peines abyssales mais aussi de nos joies immenses et à s’y intéresser (parce qu’il va falloir aussi apprendre à partager l’attention, ok : Kardashian – Beyoncé – Julie Gayet?).

 

J’ai assisté à mon premier groupe de parole

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J’ai assisté à mon premier groupe de parole. Et depuis, j’ai la gorge serrée. Jusque là, pour moi, les groupes de parole c’était comme ouvrir la boîte de Pandore. C’était pour les alcooliques anonymes, les cleptomanes, les sex-addicts, ceux qui ont besoin d’avouer leurs mauvais penchants, leurs vices, à des inconnus parce qu’ils ont tellement fait souffrir leur entourage, qu’il ne reste plus que des étrangers pour les écouter. Alors pourquoi existe-t’il des groupe de deuil? Vraisemblablement, aucune personne vivant un deuil n’en est responsable, sinon ça s’appelle un assassin et il y a peut-être des groupes de paroles pour ceux-là aussi. Mais revenons en aux faits, dans un groupe de deuil, il n’y a que des gens malheureux et tristes de devoir apprendre à vivre sans un être aimé, rien de honteux. Personne dans un groupe de deuil n’a fait souffrir son entourage par un comportement impropre à la vie en société, aux bonnes moeurs et pourtant, ils témoignent tous sans exception, de l’impossibilité de parler de « ça » à leurs proches. Mais c’est quoi « ça » ai-je osé demander? Mais la mort voyons.

Quoi? En dehors de mon drame personnel, ça signifie que tout le monde souffre du tabou de la mort? Je ne comprend pas. Il y a une chose encore plus universelle que l’amour, c’est bien le fait que tout le monde meurt, même avec des crèmes anti-ride hors de prix, des cures en Suisse, et une alimentation bio, oui tout le monde meurt. Alors si tout le monde meurt, tout le monde ou presque a déjà subi un deuil dans sa vie. Certes la peur de la mort, c’est LA question existentielle qui permet à de nombreux psys de remplir leurs cabinets, mais pourquoi est-ce un tabou? J’ai peur des araignées, beaucoup de gens ont peur des araignées et ce n’est pas un tabou?

Et si la mort n’existait pas, la vie non plus n’existerait pas. Non, alors ce qui est tabou, ce n’est peut-être pas la mort mais la souffrance.

Notre époque vouée au développement personnel laisse croire à tous, que l’on peut devenir heureux en lisant un livre. Cela revient à croire que l’on peut perdre du poids en deux semaines (et ne pas le reprendre) et surtout qu’il faut perdre du poids pour convenir à la société. Alors qu’il faut souvent complètement changer d’habitudes alimentaires, parfois travailler avec un psychologue pour comprendre notre rapport au corps et pas juste manger des protéines les jours pairs et de la salade les jours impairs… Donc aujourd’hui, il faut être heureux pour convenir à la société, et lorsque l’on ne l’est pas, c’est vraiment que l’on n’a pas de bonne volonté. On oublie, que pour être heureux, il faut accepter ses émotions, faire une introspection, et parfois accepter de souffrir. Se gaver d’anxiolytiques endort la douleur, elle ne la supprime pas. La publicité vous engage à vous gaver de médicaments: « stress, anxiété, prenez une dose de X… » . N’importe quoi, stress, anxiété: « posez vous les bonnes questions, et mettez en place les actions pour changer la situation! ».

De la même manière que pour la fin de vie, beaucoup de personnes jugent bon l’euthanasie par peur d’une mort douloureuse,  alors que le sujet est de respecter la vie jusqu’au bout en évitant la souffrance. Souffrance, qui souvent est morale à cause de l’isolement…

charbcharb2Charb disait à propos de l’euthanasie : « Mourir dans la dignité devrait être la dernière étape d’une vie menée dans la dignité et pas seulement un moment exceptionnel. Cette volonté des médias et des politiques de séparer dans le discours la vie et la mort est suspecte. Il n’y a pas de vie digne sans mort digne, et inversement. Ça paraît évident, mais le droit de vivre dans la dignité n’est pas un débat qui suscite autant l’émotion que celui du droit de mourir dans la dignité. Et pourtant, il y a des vies qui sont plus effrayantes que la mort…  » (cliquez ICI pour lire l’intégralité de son propos).

Je vais prendre ma part à l’action et créer un groupe de deuil périnatal. Parce que savoir s’écouter sans se juger, avoir de la compassion mais pas de pitié, ce sera ma contribution à briser le tabou sur la mort et la souffrance. Et vous, allez vous prêter attention à votre chagrin ou à celui de votre proche pour être dans la vraie vie? Sans mort, pas de vie, sans peine, pas de joie, sans larmes, pas de rire.