It’s a new dawn, it’s a new day…

Sur le point de faire un nouveau grand saut, j’ai la même sensation qu’en regardant ces méduses.
Notre nouveau projet est beau et effrayant à la fois.
Comment vais-je faire pour être à la hauteur, pour servir une noble cause en assumant mes responsabilités tout en mettant de côté mon ego,
pour m’investir sans me blesser,
pour insuffler de l’espoir sans l’imposer,
pour informer sans juger…
Vous qui me suivez depuis le début peut-être, ou quelques mois, quelques semaines, quelques jours – je compte sur vous pour en être.
Cet été je me suis remise en question car après deux ans à avoir travaillé à 100% sur le deuil périnatal, j’étais arrivée à saturation. Je pense que j’ai fait l’erreur banale de tous les entrepreneurs et de tous les travailleurs qui côtoient des sujets à forte charge émotionnelle : j’ai perdu le point d’équilibre.
Je me suis mis une pression de dingue et j’ai perdu plaisir à ce que je faisais.
Alors j’ai fait une vraie pause pour savoir si j’avais vraiment envie, encore, de faire une différence pour la prise en charge des parents vivant un deuil périnatal.
Et l’univers a conspiré en ma faveur : j’ai reçu de nombreux signes, des messages tellement gentils, des initiatives si bienveillantes que mon petit coeur s’est souvenu que oui j’ai encore de la ressource et encore envie d’agir.
Mais pas toute seule, avec vous, avec les parents, les associations et les initiatives déjà existantes!
Préparez-vous à participer à un projet qui vous donnera les moyens d’informer, partager et d’inspirer toute la communauté et plus encore 🙂
Le collectif, le choix, la bienveillance sont les maîtres mots.
Pour le reste, nous allons le construire ensemble!
Les ateliers de co-écriture seront inclus dans le projet, mais il y aura aussi des interviews, des formations aux groupes de parole, un calendrier des évènements à venir…
A suivre! Je vous tiens au courant 🙂
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La télé / la réalité

A la télé, on a euceleste-barber l’impression que je tchatchais (comme on dit dans le Sud) avec une super copine dans son salon (je parle de l’émission 1001vies, pour ceux qui sont passés au travers de cette info). / En vrai, je rencontrais Sophie Davant pour la première fois, et quand je bois un jus avec une copine, personne ne vient me remaquiller, bouger les coussins qui gênent la caméra et en plus, chez les autres, y’a pas une flopée de photos de moi depuis ma naissance.

A la télé, tout le monde a trouvé que je parlais bien, que j’avais l’air super à l’aise, en mode : « tout est sous contrôle ». / En vrai, j’ai beaucoup réfléchis à chaque étape. En amont : Dois-je accepter cette émission? Quelles seront les conséquences pour mon entourage, mon ex-mari, mes enfants, mon conjoint actuel, mes parents, mes amis… Quel est le principal message que je veux donner? Pourquoi j’accepte? Pourquoi je refuse? Pendant l’enregistrement : J’avoue avoir refusé de répondre à une question (et cela a été totalement respecté par l’équipe de rédaction et par la journaliste). Le sujet était assez lourd comme ça pour ne pas avoir à donner des détails voyeuristes. En attendant la fin du montage et le visionnage : J’ai passé 2 semaines d’enfer à me demander si je n’avais pas été trop impudique, si le montage n’allait pas désservir mon message, si mes propos ne seraient mal interprétés…

A la télé, ça parait facile de se relever d’un drame, ça peut même faire de nous quelqu’un d’exceptionnel. Mon amie du blog Un jour Mon fils, l’a noté dans un de ses articles (à lire absolument!) : dans plein de séries et films comme Sense8, Happy Valley, Broen, La couleur des sentiments (…) le personnage le plus intriguant est celui dont le bébé est mort pendant la grossesse ou à la naissance. Le comportement « particulier » du personnage prend sens quand on réalise ce qu’il a vécu. En vrai, comment dire, dans la réalité de la vraie vie privée et professionnelle, les parents qui vivent ce type de deuil, ne sont pas des héros de feuilletons. Et pourtant, ils devraient.

Pour moi, tous les parents qui vivent ce genre d’épreuve et qui parviennent chaque matin à se lever, à continuer de manger, se laver les dents, voir même les cheveux, sont des héros.

Combobme le dit Bob Marley « You never know how strong you are, until being strong is your only choice ».

 

 

 

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Et pour ceux qui aiment voir en photo la différence entre l’image et la réalité, je vous invite à vous abonner au compte instagram de Céleste Barber. 

Apporte moi mes cachets

Je ne sais plus, je ne me souviens plus. Est ce que cela me touche encore? C’était il y a 13 ans. Alors, je m’interroge, est ce que j’ai vraiment appris à vivre avec? Enfin, plutôt sans. Je sais vivre sans lui à présent? C’est monstrueux, je n’en ai pas envie. Une mère ne peut pas apprendre à vivre sans son enfant. Suis je devenue inhumaine? Ou est ce que mon esprit me trompe? Je m’en méfie – toujours – de lui. Je reste sur mes gardes. J’ai nié et quand j’ai réalisé, j’ai pris un retour de manivelle assez violent, alors, oui, je me méfie des protections de mon esprit.

J’ai pris du temps pour moi, je me suis plongée à l’intérieur et très vite, j’ai tout retrouvé : l’amour et la folie.

L’amour, oui il me manque, oui il est bien là, il fait partie de moi, à sa juste place.

Et la porte où se cache ma camisole est toujours là, aussi. Je l’ai ouverte il y a 13 ans. Et derrière s’y trouvent ma part de folie, mon mode délirant. Je l’ai adoré cette folie, elle m’a protégé du monde extérieur qui ne pouvait pas comprendre, ne pouvait réaliser. Ils étaient tous fous, et moi je savais que tout cela était vain, rien n’avait plus de sens puisque Gabriel n’était plus parmi nous.

Je suis rassurée, je peux encore choisir d’ouvrir cette porte ou de rester ici, parmi nous. Ouf, je ne suis pas monstrueuse, je suis toujours humaine.

J’ai juste appris à devenir la maman d’un enfant mort. Il n’y a rien de honteux à ça. Et pourtant, l’écrire m’est douloureux.

 

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photoA 13 ans, j’ai fait mon premier baiser avec la langue et j’ai trouvé ça franchement dégoûtant. J’ai désespéré de ne pas voir pousser mes seins en écoutant ma maman dire à ses amies : »ma fille, c’est comme les églises, elle garde ses saints à l’intérieur ». J’ai eu ma première expérience de plaisir livresque en découvrant les histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe. A 13 ans, j’étais en vie.

Pour tes 13 ans, j’ai beaucoup réfléchi à ton cadeau. Je vais t’offrir ce que j’ai de plus beau en moi et que tu as largement contribué à développer.

Je t’offre l’oubli. L’oubli de ce qui m’a le plus blessé après ton décès, c’est à dire la réaction de mon entourage, qui dans la majorité des cas, était inadaptée. J’ai compris avec le temps que seuls ceux qui ont vécu ce drame sont capables de réaliser. J’ai appris à mieux communiquer pour être en lien avec les autres car nous avons tous en nous un chagrin qui a besoin d’être consolé. J’ai oublié ma colère, j’ai grandi, je me suis élevée.

Je t’offre mon amour, car c’est le seul cadeau qui peut aller jusqu’à toi. Si tu n’existes que dans mon coeur, alors cet amour m’aidera .

13 ans, c’est si loin et ce sera pourtant toujours si proche, si profondément ancré en moi.

Il est possible d’apprendre à vivre avec, il est possible d’accepter ce qui n’a pas de sens, il est possible d’être heureux à nouveau. Ce ne sera pas sans difficulté, ni sans douleur, mais c’est possible.

Sont-ils incapables de comprendre?

fbCela fait plus d’une année maintenant que je m’évertue à sensibiliser le plus grand nombre sur la gravité et la complexité du deuil périnatal; une année passée à essayer de faire comprendre combien il est important de soutenir les parents qui vivent un tel traumatisme.

Et puis voilà, la discussion de trop, qui m’a rendue lasse, mais lasse

Je présentais mon groupe de parole à la pharmacienne de mon village, pour le faire connaître. Une discussion intéressante, pleine de compassion et d’entente sur le bien-fondé d’une telle initiative. Jusqu’à la question que je redoute systématiquement et qui revient toujours : « Mais vous n’avez pas peur de remuer le couteau dans la plaie en en parlant? ».

Et là, je me souviens de mes cours de yoga (pas de jugement / pas d’étiquette), je me rappelle mes lectures d’Irvin Yalom (la projection des angoisses de l’autre) et je réponds : «  ne vous inquiétez pas, je ne me nourris pas du malheur des autres. Par contre, je pense qu’il est indispensable que chacun fasse sa part (comme le colibri du conte de Pierre Rabhi), et la mienne est d’aider les parents à mettre des mots sur leur vécu.

Puis je suis rentrée à la maison et je me suis assise et je me suis sentie lasse. Fatiguée de constater qu’ils ne comprennent pas et ne pourront jamais comprendre.

Les parents qui ont vécu un deuil périnatal restent des parents. Ils ont la difficile tâche d’apprendre à devenir parents d’un enfant mort. Ce n’est pas un évènement ponctuel, qui, une fois que l’on arrête d’en parler, s’efface, disparaît. Non, c’est un fait, une réalité avec laquelle ils devront vivre jusqu’à la fin de leurs jours. Et vous croyez sérieusement que c’est en arrêtant d’en parler (« bon ça suffit maintenant, passe à autre chose ») qu’ils vont aller mieux?

Ce qui me sidère, c’est que moi-même, aujourd’hui, je doive encore faire face à ce genre de réactions. J’ai apprivoisé cette réalité, j’ai appris à vivre avec, à en parler. Mais sincèrement, je ne me ferais jamais à l’incompréhension des autres. J’y ai cru pourtant, j’ai pensé être assez forte pour réussir à ce que tous réalisent la douleur que c’est pour un parent de perdre un bébé né ou à naître, afin que plus jamais il n’y ai de déni. Mais je me suis fourvoyée, je me suis totalement surestimée.

En effet, si j’ai appris à être en paix avec mon fils Gabriel, si j’ai réussi à laisser partir la douleur inconcevable qui m’a broyée pendant des années, je ne serai jamais capable de supporter celle du déni.

Je ne comprend pas que l’Autre ne puisse simplement pas accepter que toute personne qui a subi un traumatisme, quel qu’il soit, doit apprendre à vivre avec et non apprendre à le cacher. Le temps est interminable quand on joue à quelqu’un que l’on n’est pas. Un parent qui a perdu un enfant n’a pas de temps à perdre. Il a une notion du temps qui est exacerbée. Son bébé a cessé de vivre parfois même avant de naître. C’est intolérable, inconcevable et c’est pour cela qu’il a le droit d’en parler, en parler, encore et encore.

Pourquoi, lorsque l’on parle de nos grands parents décédés, personne ne nous dit, « oh c’est bon, passe à autre chose ». Parce que c’est dans l’ordre des choses, ça ne gêne pas. Les parents aiment parler de leurs enfants, de tous, les morts, les vivants, les à venir (avenir). Ca ne fait pas d’eux des  dépressifs, des personnes morbides ou des cinglés. Cela fait d’eux des personnes qui acceptent. Cela s’appelle Amor Fati.

A présent, je ne vais plus essayer de faire comprendre, cela n’a pas de sens. Seuls ceux qui l’ont vécu peuvent réellement comprendre et ce n’est pas grave finalement. Je vais simplement tenter de faire connaître. Amor Fati.