La télé / la réalité

A la télé, on a euceleste-barber l’impression que je tchatchais (comme on dit dans le Sud) avec une super copine dans son salon (je parle de l’émission 1001vies, pour ceux qui sont passés au travers de cette info). / En vrai, je rencontrais Sophie Davant pour la première fois, et quand je bois un jus avec une copine, personne ne vient me remaquiller, bouger les coussins qui gênent la caméra et en plus, chez les autres, y’a pas une flopée de photos de moi depuis ma naissance.

A la télé, tout le monde a trouvé que je parlais bien, que j’avais l’air super à l’aise, en mode : « tout est sous contrôle ». / En vrai, j’ai beaucoup réfléchis à chaque étape. En amont : Dois-je accepter cette émission? Quelles seront les conséquences pour mon entourage, mon ex-mari, mes enfants, mon conjoint actuel, mes parents, mes amis… Quel est le principal message que je veux donner? Pourquoi j’accepte? Pourquoi je refuse? Pendant l’enregistrement : J’avoue avoir refusé de répondre à une question (et cela a été totalement respecté par l’équipe de rédaction et par la journaliste). Le sujet était assez lourd comme ça pour ne pas avoir à donner des détails voyeuristes. En attendant la fin du montage et le visionnage : J’ai passé 2 semaines d’enfer à me demander si je n’avais pas été trop impudique, si le montage n’allait pas désservir mon message, si mes propos ne seraient mal interprétés…

A la télé, ça parait facile de se relever d’un drame, ça peut même faire de nous quelqu’un d’exceptionnel. Mon amie du blog Un jour Mon fils, l’a noté dans un de ses articles (à lire absolument!) : dans plein de séries et films comme Sense8, Happy Valley, Broen, La couleur des sentiments (…) le personnage le plus intriguant est celui dont le bébé est mort pendant la grossesse ou à la naissance. Le comportement « particulier » du personnage prend sens quand on réalise ce qu’il a vécu. En vrai, comment dire, dans la réalité de la vraie vie privée et professionnelle, les parents qui vivent ce type de deuil, ne sont pas des héros de feuilletons. Et pourtant, ils devraient.

Pour moi, tous les parents qui vivent ce genre d’épreuve et qui parviennent chaque matin à se lever, à continuer de manger, se laver les dents, voir même les cheveux, sont des héros.

Combobme le dit Bob Marley « You never know how strong you are, until being strong is your only choice ».

 

 

 

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La fin d’un cycle

IMG_3162Cela fait neuf mois que je tiens ce blog. Neuf mois que j’essaye de mettre des mots sur le deuil périnatal. Et, il y a quelques jours, je tombe sur un article qui remet tout en perspective : une maman explique pourquoi elle ne veut pas parler de sa fausse couche . 

Elle ne veut pas en parler pour plusieurs raisons : elle ne savait pas quoi dire, elle ne voulait pas connaître l’opinion des autres mais le plus important est qu’elle ne voulait pas supporter les attentes des autres « Vont-ils encore essayer d’avoir un autre bébé? Comment vont-ils? … ». Elle n’avait pas envie de recevoir des fleurs, des repas ou des cookies de la part de son entourage. Elle avait uniquement besoin de son bébé et de la place que celui-ci aurait occupé dans sa famille. En ce sens, elle ne voyait pas en quoi en parler allait remplir ce vide.

Et c’est vrai, on n’est pas obligé d’en parler. Personnellement, j’ai choisi d’en parler car, quand mon fils est décédé, j’ai ressenti une omerta (oui je suis d’origine sicilienne) sur le sujet. Je n’avais pas le choix d’en parler, je ne devais pas en parler sous peine de jugement et d’exclusion de toute vie sociale. Je suis tombée, je me suis relevée et j’ai fait ma résilience. Cela a été une expérience révélatrice, je suis sortie du mode quotidien de ma vie pour intégrer le mode ontologique (sur le sujet, je vous conseille vivement la lecture du livre de Irvin Yalom – le Jardin d’Epicure). Puis un matin je me suis levée en me disant : « Ca y est, je suis prête. Prête à affronter le jugement des autres, le mien, donner ma vérité. J’ai peur mais ce que je vais dire, si ça aide au moins une personne, cela n’aura pas été vain ».

Alors oui, je suis totalement d’accord avec l’auteur de cet article, ce n’est pas une question de tabou mais de choix. Si vous ressentez le besoin d’en parler, allez-y, je vous suis, je vous soutiens, les associations aussi et vous trouverez même certainement des personnes autour de vous capables d’entendre (on est en 2015, l’omerta s’est un peu levée tout de même) . Mais si vous préférez ne pas en parler, car cela est plus bénéfique pour vous, alors vous avez raison.

Faites ce qui est bon pour vous. Vous n’avez de comptes à rendre à personne.

De mon côté, je vais continuer d’en parler pour que : « en parler ou ne pas en parler » devienne un choix.

 

Faut-il en parler aux enfants?

carl larrsonOui. Les enfants ont une intelligence émotionnelle que nous avons perdu et ils savent. Il est inutile de cacher, de tout mettre sous le tapis en se disant que nous allons les « protéger », « leur éviter de la tristesse » en parlant de leur futur « frère / cousine / neveu… » qui était dans le gros ventre rond et qui finalement ne naîtra pas ou plutôt ne vivra pas. Que le cadeau que l’on avait acheté ensemble, finalement on ne l’offrira pas.

Omettre d’en parler, c’est leur mentir, c’est dérégler leur 6ème sens qui leur dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Mais beaucoup plus grave, c’est leur inculquer une angoisse insidieuse, une paranoïa dans laquelle l’enfant va probablement s’imaginer que si maman pleure, c’est à cause de lui. Evidemment, leur dire, c’est aussi s’adapter à leur âge, à leur niveau de compréhension, c’est accepter sa propre émotion. Parce que réfléchir à comment en parler, c’est devoir faire face à sa propre manière de le vivre et accepter de se montrer sensible ou même triste devant son enfant.

Mais les enfants ont ça de magique : ils ne sont pas dans le déni, ils n’ont pas encore appris à porter des masques, à faire croire à tous que tout va bien quand tout va mal. Non, ils pleurent un bon coup, quitte à se rouler par terre, puis ça passe. Ils ont vécu leur émotion et ils l’ont dépassée.

Jusqu’à ses 4 ans, je n’avais jamais parlé à ma fille, de son grand frère mort-né. Un jour, pour un problème de sommeil, nous sommes allés chez une pédopsychiatre. Cette psy a commencé par passer une heure en seule à seule avec ma fille, sans aucune information de notre part. Lorsqu’elles sont revenues de leur petit entretien, la pédopsychiatre m’a dit tout de go: « Vous avez eu un premier enfant n’est-ce pas? ». Mon mari est rentré dans une colère noire, il était persuadé qu’il était inutile, voir cruel de parler de la mort de son grand frère à notre fille, et moi, je me suis écroulée en larmes. Je portais ce secret comme un lourd fardeau honteux et coupable d’avoir fait ça à ma fille, à son père, à notre famille.

Mais le fait est, qu’il n’y a rien de honteux ou de coupable dans la mort. C’est une réalité.

On ne peut pas protéger nos enfants de la vie, on peut par contre leur apprendre à affronter les épreuves de la vie, et la mort de nos proches est une des plus difficiles épreuves à traverser. Si on ne sait pas affronter les malheurs, on ne sait pas non plus se réjouir des bonheurs. Accepter ses parts d’ombre, pour faire rentrer la lumière.

« Si vous ne les affrontez pas, les fantômes de votre passé reviendront hanter votre enfant » Flavia Accorsi 

Politiquement incorrect?

ecran tvAujourd’hui, lorsqu’une « personne connue » décède, la société parvient à créer des rites, parvient à s’émouvoir et à faire son rôle civique, c’est à dire rendre hommage et supporter (dans le bon sens) ceux qui restent. Mais lorsque notre voisin meurt, on se demande si on doit aller ou non à son enterrement car finalement on le connaissait peu et puis y’a quand même un super film à la télé ce jour là. C’est comme ça que les médias nous informent de : « 3 champions morts et 7 autres personnes », sans que personne ne s’offusque alors que la formulation de circonstance serait « 10 personnes mortes dont 3 champions ». C’est aussi comme ça que l’on peut entendre nos propres parents nous dire : « oh pour mon enterrement, je veux un truc très simple, pas de chichi« . Et de devoir expliquer, que non, ça va pas être possible, un truc sans chichi, car moi, quand vous serez morts, j’aurai beaucoup plus de peine que lorsque Lady Di ou Mickael Jackson sont morts. Moi, pour réussir à accepter, j’veux la totale: le discours larmoyant du curé, les couronnes de fleurs, la musique qui fend le coeur, la veillée avec les bougies… J’aurais besoin de faire toutes les étapes du rite, TOUTES. Sans déconner, je veux bien respecter les derniers voeux, mais c’est pour ceux qui restent que c’est dur.

De la même manière, j’ai pu, avec regret, constater le miroir déformant des médias lors de l’intervention d’Ingrid Chauvin à l’émission les Maternelle de France5. C’était courageux de sa part de venir témoigner de la mort de son enfant à 5 mois il y a moins d’un an et du livre qu’elle a écrit à ce propos. C’est tout à fait honorable de profiter de sa célébrité pour obtenir des dons qui serviront à aider les parents d’enfants hospitalisés. Dans l’émission du soir « C à vous », elle a même parlé des nombreux parents qui restent dans l’isolement et pour qui le partage, même s’il ne guérit pas, peut déjà aider.

Mais, car il y a un mais, cela va t’il réellement servir la cause de tous les parents qui ont perdu un enfant? Comment accepter qu’une présentatrice ai une réflexion aussi cruche que « la langue française n’a pas de mot, ça prouve à quel point c’est insupportable, inimaginable ». Non la langue française et beaucoup d’autres langues n’ont pas de mot car ça ne sert pas à l’administration (voir la vidéo d’Isabelle Constant au Tedx Vaugirard). A aucun moment, je n’ai entendu le mot tabou. Et pourtant, ce mot tabou est présent sur tous les sites d’associations de deuil périnatal, dans tous les livres témoignages, dans tous les groupes de paroles. Alors, qui de la poule ou de l’oeuf? Pourquoi cela paraît plus facile d’avoir de l’empathie et de la compréhension pour une célébrité que pour un membre de sa famille? Peut-être parce que cela n’engage à rien.

Par contre, si les médias décident que parler de la mort d’un nourrisson ou d’un enfant à naître (n’être?) n’est plus un tabou, je veux bien qu’ils donnent aussi le mode d’emploi pour nous apprendre à nous décoller de nos écrans et à nous encourager à parler avec nos proches de nos peines abyssales mais aussi de nos joies immenses et à s’y intéresser (parce qu’il va falloir aussi apprendre à partager l’attention, ok : Kardashian – Beyoncé – Julie Gayet?).

 

J’ai assisté à mon premier groupe de parole

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J’ai assisté à mon premier groupe de parole. Et depuis, j’ai la gorge serrée. Jusque là, pour moi, les groupes de parole c’était comme ouvrir la boîte de Pandore. C’était pour les alcooliques anonymes, les cleptomanes, les sex-addicts, ceux qui ont besoin d’avouer leurs mauvais penchants, leurs vices, à des inconnus parce qu’ils ont tellement fait souffrir leur entourage, qu’il ne reste plus que des étrangers pour les écouter. Alors pourquoi existe-t’il des groupe de deuil? Vraisemblablement, aucune personne vivant un deuil n’en est responsable, sinon ça s’appelle un assassin et il y a peut-être des groupes de paroles pour ceux-là aussi. Mais revenons en aux faits, dans un groupe de deuil, il n’y a que des gens malheureux et tristes de devoir apprendre à vivre sans un être aimé, rien de honteux. Personne dans un groupe de deuil n’a fait souffrir son entourage par un comportement impropre à la vie en société, aux bonnes moeurs et pourtant, ils témoignent tous sans exception, de l’impossibilité de parler de « ça » à leurs proches. Mais c’est quoi « ça » ai-je osé demander? Mais la mort voyons.

Quoi? En dehors de mon drame personnel, ça signifie que tout le monde souffre du tabou de la mort? Je ne comprend pas. Il y a une chose encore plus universelle que l’amour, c’est bien le fait que tout le monde meurt, même avec des crèmes anti-ride hors de prix, des cures en Suisse, et une alimentation bio, oui tout le monde meurt. Alors si tout le monde meurt, tout le monde ou presque a déjà subi un deuil dans sa vie. Certes la peur de la mort, c’est LA question existentielle qui permet à de nombreux psys de remplir leurs cabinets, mais pourquoi est-ce un tabou? J’ai peur des araignées, beaucoup de gens ont peur des araignées et ce n’est pas un tabou?

Et si la mort n’existait pas, la vie non plus n’existerait pas. Non, alors ce qui est tabou, ce n’est peut-être pas la mort mais la souffrance.

Notre époque vouée au développement personnel laisse croire à tous, que l’on peut devenir heureux en lisant un livre. Cela revient à croire que l’on peut perdre du poids en deux semaines (et ne pas le reprendre) et surtout qu’il faut perdre du poids pour convenir à la société. Alors qu’il faut souvent complètement changer d’habitudes alimentaires, parfois travailler avec un psychologue pour comprendre notre rapport au corps et pas juste manger des protéines les jours pairs et de la salade les jours impairs… Donc aujourd’hui, il faut être heureux pour convenir à la société, et lorsque l’on ne l’est pas, c’est vraiment que l’on n’a pas de bonne volonté. On oublie, que pour être heureux, il faut accepter ses émotions, faire une introspection, et parfois accepter de souffrir. Se gaver d’anxiolytiques endort la douleur, elle ne la supprime pas. La publicité vous engage à vous gaver de médicaments: « stress, anxiété, prenez une dose de X… » . N’importe quoi, stress, anxiété: « posez vous les bonnes questions, et mettez en place les actions pour changer la situation! ».

De la même manière que pour la fin de vie, beaucoup de personnes jugent bon l’euthanasie par peur d’une mort douloureuse,  alors que le sujet est de respecter la vie jusqu’au bout en évitant la souffrance. Souffrance, qui souvent est morale à cause de l’isolement…

charbcharb2Charb disait à propos de l’euthanasie : « Mourir dans la dignité devrait être la dernière étape d’une vie menée dans la dignité et pas seulement un moment exceptionnel. Cette volonté des médias et des politiques de séparer dans le discours la vie et la mort est suspecte. Il n’y a pas de vie digne sans mort digne, et inversement. Ça paraît évident, mais le droit de vivre dans la dignité n’est pas un débat qui suscite autant l’émotion que celui du droit de mourir dans la dignité. Et pourtant, il y a des vies qui sont plus effrayantes que la mort…  » (cliquez ICI pour lire l’intégralité de son propos).

Je vais prendre ma part à l’action et créer un groupe de deuil périnatal. Parce que savoir s’écouter sans se juger, avoir de la compassion mais pas de pitié, ce sera ma contribution à briser le tabou sur la mort et la souffrance. Et vous, allez vous prêter attention à votre chagrin ou à celui de votre proche pour être dans la vraie vie? Sans mort, pas de vie, sans peine, pas de joie, sans larmes, pas de rire.