Et si on parlait sexualité?

benAvant le drame, il y a eu le désir. Vous avez rencontré votre conjoint et vous avez eu du désir pour lui/elle. Vous vous êtes plu, tellement plu que vous avez eu envie d’avoir un enfant ensemble, construire une famille. Mais, tout ne s’est pas exactement passé comme prévu.

 

Il faut savoir que le deuil périnatal s’insinue, s’attaque, à toutes les dimensions de la personne. Ce deuil ne va pas rester en surface et toucher uniquement l’affect ou les sentiments, non, ce deuil va tout remettre en perspective. Le couple préparait l’avenir dans lequel il y avait mis tout son amour et toute sa confiance et il est subitement freiné dans son élan vital par la mort de son bébé.

La souffrance va prendre une nouvelle saveur, elle va devenir une amie proche et quotidienne. La solitude, cette garce, va tout faire pour prendre aussi sa place dans votre vie. Toutes ces émotions si douloureuses vont être les plus vigoureuses pour remplir le vide qu’il y a à présent en vous.

Quand on vit un tel deuil, que j’apparente moi même à une balle dans la tête, ou à une bombe à fragmentation dans le psychisme (oui je suis du Sud de la France, je sais), notre affect se retrouve au même stade que celui que l’on avait enfant. Et là, du coup, dans le couple, c’est un peu compliqué.

A priori, vous vous êtes connus adultes, et c’est de l’adulte dont vous êtes tombé amoureux(se). Vous vous attendez à trouver du soutien en lui/elle, vous pensez que personne d’autre ne peut mieux vous comprendre dans ce que vous vivez, dans ce que vous éprouvez.

Bon, inutile de vous dire, vous pourriez être déçus. Parce que même si, pour concevoir un enfant, vous avez « fusionné » – pour souffrir – vous êtes deux personnes différentes, avec deux rythmes différents, deux histoires différentes. Et attention, chose très importante : vous ne devez pas lui en vouloir pour cela. L’autre souffre autant que vous mais différemment. On a tous une façon différente de souffrir son deuil et il n’y en a pas une meilleure que l’autre, il n’y a en vrai, que celle que notre instinct de survie nous dicte.

Maintenant, j’en reviens au sexe. Dans notre instinct de survie, il va y avoir deux écoles:

1/ la pulsion de vie : vous allez tenter de refaire naître la vie et donc, faire l’amour, même parfois beaucoup (la sexualité est un domaine complexe, ça ne veut pas nécessairement dire que votre couple va bien –  désolée).

2/ la fidélité à la douleur : impossible pour vous d’accepter de prendre du plaisir, oublier votre souffrance quelques instants, ce serait comme trahir votre enfant. Il devient alors très difficile de faire l’amour à nouveau.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise école, il n’y a que celle que l’on est capable de vivre au jour le jour. Soyez tolérant et bienveillant avec vous-même.

Quelle que soit l’école à laquelle vous appartenez, sachez qu’il ne faut en aucun cas, prendre une décision dans cette période de désorganisation intérieure. Acceptez le temps. 

Je sais, c’est dur, terriblement dur. Alors, n’oubliez pas que vous vous êtes suffisamment aimés pour faire un enfant, devenir parents. Il va falloir maintenant encore plus vous aimer pour prendre le temps de vous soutenir malgré vos différences, vos incompréhensions. Etre parents d’un bébé mort, c’est vraiment pas un projet qu’on souhaite ou même qu’on puisse envisager un instant dans sa vie. Rien ne vous y a préparé. Donc, à nouveau, je vous le répète, soyez indulgent envers vous-même et envers votre bien aimé(e).

Dans un premier temps, le plus dur va être de réussir à mettre des mots sur ce que vous vivez. Difficile de dire ce que l’on ressent, d’expliquer ce que l’on vit, quand on n’arrive toujours pas à le réaliser. Vous pouvez aussi, ne pas avoir envie d’en parler, écrire ou peindre, peut-être un bon moyen d’exprimer vos maux. Vous pouvez aussi vous faire aider d’une tiers personne pour réussir à parler ensemble, ou participer à un groupe de parole.

Dans mon cas, je n’ai pas su entendre sa souffrance. J’ai pris son déni pour du mépris. Nous nous sommes éloignés et nous avons divorcé. Je réalise seulement depuis quelques années à quel point mon ex-mari a été affecté par ce décès. Je le vois dans la manière dont il s’occupe dans notre cadette, le fameux enfant de remplacement. Je ne regrette pas mon divorce, j’ai fait ce que j’ai pu à ce moment-là. Mais sincèrement, rien ne vaut la chaleur d’un foyer dans lequel il n’est pas question de garde alternée ou partagée. Votre couple mérite que vous preniez le temps. Prenez le temps de vous réconcilier avec vous-même, avec ce drame et avec votre amoureux(se).

N’oubliez pas que faire l’amour, c’est vouloir donner du plaisir à l’autre. Avec ce que vous venez de vivre, vous avez besoin d’amour. Faire l’amour, ce n’est pas que « le coït », c’est entourer l’autre de ses bras, lui caresser les cheveux, lui faire une tisane, lui passer sa musique préférée, le/la faire rire pour le/la soulager un peu de son fardeau avec des images idiotes de chatons, le/la laisser pleurer, accepter qu’il/elle ne pleure pas, respecter sa manière de souffrir son deuil…chat

Pour résumer ce long article : Aimez-vous

 

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La nature humaine – Human nature

petit princeIl m’a regardé dans les yeux, il m’a demandé : «  vous savez ce que c’est? ». J’ai dit oui, c’est un garçon. Il m’a allongé sur le lit. Il m’a parlé. Il a eu le courage de me parler en faisant les premiers soins. Trouver du fil de pêche pour couper le cordon. Appuyer sur mon ventre pour évacuer les restes de placenta. Il m’a dit : « Vous êtes la personne la plus courageuse qui m’a été donné de rencontrer ».
La probabilité d’avoir à mes côtés, sur une île privée des Maldives, un gynécologue à la retraite disponible pour me secourir et surtout aussi humain, était proche de 0, voir négative. Mais il était là, pour moi. J’étais en voyage de noces, je venais d’accoucher dans ma salle de bain. Il était en voyage en famille. Il a été là pour moi.

Il a eu ce regard humain, bienveillant, rempli de compassion. Il est passé me voir au dispensaire, il a donné ses coordonnées à mon mari. Il a répondu à mes lettres, il répond à mes messages, à mes posts. Il a été là il y a douze ans et il est encore là.

il a été essentiel pour que je ne sombre pas dans la folie. J’ai été totalement anéantie par la mort de mon fils. Je ne m’attendais pas à être isolée à cause de ce deuil. J’ai détesté la nature humaine, j’en ai voulu à la terre entière de ne pas entendre ma peine, de ne pas réaliser ma perte. Mais je ne lui en ai jamais voulu à lui, il a été la lumière dans mes ténèbres. 

Il suffit d’une personne, une seule, qui soit capable de vous regarder avec votre douleur, sans détourner les yeux, sans dire des généralités maladroites, pour vous redonner confiance dans la nature humaine, dans la vie. Pour vous donner envie de retourner parmi les vivants.

On sous-estime toujours l’influence que l’on peut avoir sur les autres. 

J’aimerai organiser une rencontre, te revoir, te manifester en vrai, toute ma gratitude, mais je crains ne jamais en être capable. Je peux beaucoup de choses : écrire un livre, publier des articles sur le sujet, monter un groupe de parole… Mais je t’avoue que, te revoir, ce serait comme me replonger dans cette chambre, à cet instant, redevenir cette toute jeune femme dont la vie venait d’être bouleversée à tout jamais. Je réalise combien tu avais raison : il m’a fallu beaucoup de courage pour retourner à la vie après ce drame.

Je souhaite à tous les papas et à toutes les mamans qui vivent cette douloureuse expérience d’avoir un Mark sur leur chemin. I wish all fathers and all mothers who lived this painful experience to have someone like Mark on their way.

Merci Mark, je te serai éternellement reconnaissante
d’être dans ma vie.Mark

Thank you Mark, I will be eternally grateful to you for being in my life.

Je suis vulnérable

bilibineJusque là, je pensais quêtre vulnérable était une faiblesse. Je pensais qu’il fallait se protéger de sa vulnérabilité. J’avais peur que celle-ci me submerge, j’avais peur de moi, peur de ne pas savoir revenir à la berge, peur de m’y noyer et de retourner dans ma part sombre, dans ma folie.

J’ai écrit un livre. Ce n’est pas juste un livre, c’est un témoignage de mon histoire personnelle sur l’événement le plus traumatique de ma vie. Je l’ai écrit sans fard ni faux semblant.

  1. Première peur à surmonter : la mort de mon premier-né va t’elle devenir mon identité aux yeux des autres? Vais-je être réduite à « ça »? (je sais ça pique les yeux de le lire). Dans les faits, non, ce n’est absolument pas devenu mon identité. C’est devenu un moyen extraordinaire de rentrer en relation avec de nombreuses personnes dépourvues de jugement superficiel. J’ai gagné du temps à me présenter telle que je suis.
  2. J’ai reçu de nombreux messages de remerciements. Deuxième peur à gérer : Ne vont-ils pas trop attendre de mon livre? Ne vais-je pas les décevoir? Vais-je pouvoir aider? Je sais, c’est n’importe quoi. Pourtant, il m’a fallu un bon nombre d’échanges avec mes lecteurs pour comprendre qu’ils n’attendaient pas de moi  « de pouvoirs magiques ». Bah oui, parce que mes lecteurs sont de grandes personnes qui ont leur propre vie et qui ne m’ont pas attendu pour la vivre. Le livre se suffit à lui-même pour aider, il n’y a pas d’attente supplémentaire.
  3. Je vais créer un groupe de parole dans ma région car je pense que c’est un vrai soutien pour aider les parents endeuillés. Dernière peur : Suis-je capable d’entendre les témoignages d’autres parents sans m’effondrer? Ne devrais-je pas me préserver et prendre de la distance face au malheur des parents endeuillés (du fait que j’en ai déjà eu ma part)? Et bien non. Non, la vulnérabilité ce n’est pas mal. C’est ce qui nous rend humain et qui nous permet d’aider les autres. Etre vulnérable, c’est être capable de compassion, de montrer à l’autre que sa douleur est légitime. Ce n’est pas parce que je vais être touchée par l’histoire d’un parent que je vais retourner dans la période la plus sombre de ma vie, où, sur le chemin de mon deuil, je suis passée par une phase délirante. Oui, leur récit peut faire écho, la cicatrice peut se réactiver, mais ce n’est pas dangereux. A nouveau, les parents n’attendront rien de plus de moi. Je leur donnerai ce que je suis en mesure de donner.

Je reviens d’une formation sur l’accompagnement des personnes vivant un deuil périnatal et j’ai eu la chance de rencontrer une psychologue clinicienne de grande qualité. Elle m’a appris plusieurs choses : « Le deuil périnatal a cela de spécifique que l’on gardera toujours en soi une part inconsolable mais on peut apprendre à vivre avec. » « Tant que le traumatisme n’est pas élaboré (mettre des mots dessus), la colère stagnera »…

J’ai aussi compris quelque chose d’essentiel à mes yeux : Je ne suis pas une personne faible. J’ai vécu un évènement traumatique dont l’intensité psychique est telle, que je n’aurai pas pu réagir autrement. En gros, si tu tires une balle dans la tête de quelqu’un, sa réaction ne va pas dépendre de sa personnalité ni de sa fragilité ou de sa force. 

Qui suis-je? Je suis vulnérable mais pas que. Je suis une personne singulière qui a sa propre histoire, donc je suis comme toi, comme vous : une personne singulière qui a sa propre histoire. Et oui : je, toi, nous, sommes tous vulnérables car nous sommes humains, et c’est essentiel.

Formation dispensée par Chantal Papin, psychologue clinicienne et formatrice à la Fédération Européenne Vivre son deuil

La fin d’un cycle

IMG_3162Cela fait neuf mois que je tiens ce blog. Neuf mois que j’essaye de mettre des mots sur le deuil périnatal. Et, il y a quelques jours, je tombe sur un article qui remet tout en perspective : une maman explique pourquoi elle ne veut pas parler de sa fausse couche . 

Elle ne veut pas en parler pour plusieurs raisons : elle ne savait pas quoi dire, elle ne voulait pas connaître l’opinion des autres mais le plus important est qu’elle ne voulait pas supporter les attentes des autres « Vont-ils encore essayer d’avoir un autre bébé? Comment vont-ils? … ». Elle n’avait pas envie de recevoir des fleurs, des repas ou des cookies de la part de son entourage. Elle avait uniquement besoin de son bébé et de la place que celui-ci aurait occupé dans sa famille. En ce sens, elle ne voyait pas en quoi en parler allait remplir ce vide.

Et c’est vrai, on n’est pas obligé d’en parler. Personnellement, j’ai choisi d’en parler car, quand mon fils est décédé, j’ai ressenti une omerta (oui je suis d’origine sicilienne) sur le sujet. Je n’avais pas le choix d’en parler, je ne devais pas en parler sous peine de jugement et d’exclusion de toute vie sociale. Je suis tombée, je me suis relevée et j’ai fait ma résilience. Cela a été une expérience révélatrice, je suis sortie du mode quotidien de ma vie pour intégrer le mode ontologique (sur le sujet, je vous conseille vivement la lecture du livre de Irvin Yalom – le Jardin d’Epicure). Puis un matin je me suis levée en me disant : « Ca y est, je suis prête. Prête à affronter le jugement des autres, le mien, donner ma vérité. J’ai peur mais ce que je vais dire, si ça aide au moins une personne, cela n’aura pas été vain ».

Alors oui, je suis totalement d’accord avec l’auteur de cet article, ce n’est pas une question de tabou mais de choix. Si vous ressentez le besoin d’en parler, allez-y, je vous suis, je vous soutiens, les associations aussi et vous trouverez même certainement des personnes autour de vous capables d’entendre (on est en 2015, l’omerta s’est un peu levée tout de même) . Mais si vous préférez ne pas en parler, car cela est plus bénéfique pour vous, alors vous avez raison.

Faites ce qui est bon pour vous. Vous n’avez de comptes à rendre à personne.

De mon côté, je vais continuer d’en parler pour que : « en parler ou ne pas en parler » devienne un choix.

 

Quand le développement personnel ne suffit plus

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« Le trauma provoque une sidération. Ce n’est pas une mauvaise passe, c’est une impasse, quelque chose qui ne passe pas. En lui le temps se fige. Répétons: le trauma reste à jamais dans le présent. Il ne recule pas dans le passé, ne se normalise pas pour être peu à peu intégré au récit de la vie. Répétons : le trauma a une qualité immédiate, envahissante, hallucinatoire. Sa douleur demeure vive, à vif. Oui, il faut le répéter car le trauma est précisément une répétition, à l’identique ou presque. Il arrête le temps.   « Nancy Huston, Bad girl

Lorsque l’on prévoit que les années à venir vont être remplies des rires de notre enfant à naître et qu’à la place, le vide prend toute la place, sérieusement, il y a de quoi vivre un traumatisme. D’ailleurs, deuil périnatal est peut-être le pléonasme de trauma. Ce n’est pas dans l’ordre des choses (les parents doivent mourir avant les enfants), ce n’était pas prévu dans notre agenda, notre entourage n’a pas le mode d’emploi pour savoir comment nous épauler, on a pas non plus les indications pour survivre à ça ou aider notre conjoint à y faire face. En même temps, on n’a pas le choix. Donc, tous les ingrédients du bon trauma sont là, ah oui avec aussi de la culpabilité (j’ai pas fait ça, j’aurai du faire ci…), de la colère (mais pourquoi moi, alors que l’autre connasse boit, se fait avorter et arrête pas de pondre – oui ça c’est de la vraie colère), de la tristesse (tout le monde me félicitait, maintenant tout le monde me fuit) etc…

Bref, il faut admettre, que vivre un deuil périnatal, c’est un deuil compliqué, c’est un drame et souvent un trauma. On ne peut pas s’en sortir seul. La bonne volonté ne suffit pas et les guides de développement personnel non plus. Alors, même si nous sommes tous différents, je veux simplement vous dire, de ne pas vous en vouloir si vous n’y arrivez pas. Lorsque vous vous sentirez prêts(es), renseignez vous sur la pratique qui vous correspondra le mieux (Jung, Gestalt, Lacan, EMDR…) et osez demander de l’aide à un psy qui vous permettra de sortir du trauma, de remettre le temps en route.

Cela ne vous fera pas oublier votre enfant, cela vous permettra seulement de remettre le temps en route.

Quand je pense à moi avant ma thérapie (EMDR), une boule d’angoisse se pose dans mon plexus. Je ne pouvais pas parler de Gabriel sans pleurer, sans être tétanisée. Il me manque toujours, mais je vis à nouveau. Le présent est réapparu.