Papa?

pèresIl n’existe pas de magazine adressé aux pères pour leur donner des astuces sur la gestion du stress pendant la grossesse, ne pas trop grossir, connaître la signification des prénoms, acheter la bonne peinture non toxique pour la future chambre de bébé(…). D’ailleurs, jamais ce n’est le papa qui annonce à la maman qu’ils vont avoir un enfant. Pourtant, sans lui, il ne peut y avoir d’enfant. Oui, mais le papa ne porte pas l’enfant, il n’accouche pas… Certes, mais aujourd’hui – et dans la majorité des cas – lorsque le papa attend un enfant, il l’a vraiment désiré, il a choisi la femme avec qui avoir un enfant. Il a déjà décidé qu’il soutiendra sa femme pour aller se lever la nuit, il prendra même son congé paternité. Et puis, une fois de plus, ce n’est pas lui mais la future maman qui lui annoncera qu’elle sent qu’il y a quelque chose qui cloche.

Après vérification auprès du corps médical, son rôle de « père » sera enfin considéré. On va annoncer à l’homme de la situation, le futur père, qu’il va falloir soutenir la future mère, qu’il n’y aura pas de bébé à aller changer la nuit, du moins pas cette fois. Cette fois, il a seulement « failli » être père. Là, pour quelques jours,  il va avoir un rôle, il sera considéré comme papa. Mais après, personne ne va lui demander comment il va? Comment il vit ce décès prématuré, cet avenir sans promesse de bonheur, cette journée?

Avec tout cet encombrant silence, il se dira peut-être qu’il a « failli » dans son rôle de père. Il n’a pas réussi à lui donner un enfant, elle qui en désirait tellement et qui est si triste aujourd’hui…

Chers papa qui avez aussi perdu un bébé né ou à naître, ce n’est pas la durée de vie de votre enfant qui vous fait naître père. Je suis de tout coeur avec vous dans les émotions que vous allez pouvoir ressentir dans cette journée si particulière et je pense à vous, les papa souvent oubliés ou à qui on n’ose encore moins en parler.

Bonne fête Papa

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Faut-il en parler aux enfants?

carl larrsonOui. Les enfants ont une intelligence émotionnelle que nous avons perdu et ils savent. Il est inutile de cacher, de tout mettre sous le tapis en se disant que nous allons les « protéger », « leur éviter de la tristesse » en parlant de leur futur « frère / cousine / neveu… » qui était dans le gros ventre rond et qui finalement ne naîtra pas ou plutôt ne vivra pas. Que le cadeau que l’on avait acheté ensemble, finalement on ne l’offrira pas.

Omettre d’en parler, c’est leur mentir, c’est dérégler leur 6ème sens qui leur dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Mais beaucoup plus grave, c’est leur inculquer une angoisse insidieuse, une paranoïa dans laquelle l’enfant va probablement s’imaginer que si maman pleure, c’est à cause de lui. Evidemment, leur dire, c’est aussi s’adapter à leur âge, à leur niveau de compréhension, c’est accepter sa propre émotion. Parce que réfléchir à comment en parler, c’est devoir faire face à sa propre manière de le vivre et accepter de se montrer sensible ou même triste devant son enfant.

Mais les enfants ont ça de magique : ils ne sont pas dans le déni, ils n’ont pas encore appris à porter des masques, à faire croire à tous que tout va bien quand tout va mal. Non, ils pleurent un bon coup, quitte à se rouler par terre, puis ça passe. Ils ont vécu leur émotion et ils l’ont dépassée.

Jusqu’à ses 4 ans, je n’avais jamais parlé à ma fille, de son grand frère mort-né. Un jour, pour un problème de sommeil, nous sommes allés chez une pédopsychiatre. Cette psy a commencé par passer une heure en seule à seule avec ma fille, sans aucune information de notre part. Lorsqu’elles sont revenues de leur petit entretien, la pédopsychiatre m’a dit tout de go: « Vous avez eu un premier enfant n’est-ce pas? ». Mon mari est rentré dans une colère noire, il était persuadé qu’il était inutile, voir cruel de parler de la mort de son grand frère à notre fille, et moi, je me suis écroulée en larmes. Je portais ce secret comme un lourd fardeau honteux et coupable d’avoir fait ça à ma fille, à son père, à notre famille.

Mais le fait est, qu’il n’y a rien de honteux ou de coupable dans la mort. C’est une réalité.

On ne peut pas protéger nos enfants de la vie, on peut par contre leur apprendre à affronter les épreuves de la vie, et la mort de nos proches est une des plus difficiles épreuves à traverser. Si on ne sait pas affronter les malheurs, on ne sait pas non plus se réjouir des bonheurs. Accepter ses parts d’ombre, pour faire rentrer la lumière.

« Si vous ne les affrontez pas, les fantômes de votre passé reviendront hanter votre enfant » Flavia Accorsi 

Garder le goût de vivre

Parce qu’une fois que l’on a réalisé l’exploit de reprendre goût à la vie, il nous reste encore une immense tâche à accomplir: LE GARDER!

Lorsque l’on a réussi à remonter la pente, toute lestée de son chagrin d’avoir perdu un enfant, on a comme une forte envie de rester tout en haut sans retomber au fond du gouffre. On ne sait que trop bien, comme il y fait sombre et froid, comme on s’y sent seule et triste. Tout va se jouer sur l’équilibre.

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Je sais que ce n’est pas une question de volonté. Pour rester en équilibre, sans se faire aspirer par cette sensation familière de « mélancolie/culpabilité/envie de rien/j’sais pas mais ça va pas », mon secret (que j’ai piqué à Claude Lelouch) c’est de créer mes propres rituels. Ce ne sont pas de superstitions, mes rituels peuvent changer selon mes besoins, mais ce sont des actes, des gestes qui me gardent dans l’action et empêchent mon petit vélo dans ma tête de partir trop loin sans moi. Ces actions, j’essaye de les faire en conscience, pour le plaisir.

Concrètement, ça donne ça:

M’entourer de belles choses, les regarder vraiment, les sentir réellement, essayer d’en prendre soin (comme j’ai pas la main verte mais que je n’aime pas abandonner: j’ai investi dans les cactus).

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Suspendre des « trucs » pour toujours regarder vers le haut – même inconsciemment (comme cette boule à facette qui n’a pas été retirée depuis le jour de l’an 2010… ).

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Sortir mon plus beau papier à lettre et écrire ce que je ressens, comme j’en ai envie.

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Lire, toujours. Et parfois des choses légères qui changent les idées, comme les BD de Margaux Motin.

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Partir une fois par an en week-end avec mes meilleurs amis parce qu’on a qu’une vie. Mais partir aussi avec mes enfants séparément pour apprendre à les connaître hors de leur fratrie et réaliser leurs rêves. Et bien sûr, partir avec mon homme pour se rappeler combien j’aime l’aimer. Puis partir tous ensemble pour partager.

Prendre le temps tous les 6 mois, de faire des albums photos pour ne pas oublier, voir donner la bonne habitude à mon cerveau de garder surtout les bons moments.

Je suis sûre qu’il y a encore plein de choses que je me suis créé et que je fais sans plus m’en rendre compte mais qui m’aident jour après jour à rester en haut sans flancher. Le bonheur retrouvé est si précieux, si fragile, j’en ai tellement conscience. C’est une discipline quotidienne que  de changer mes habitudes pour orienter mon regard vers le beau, faire de mon mieux tout en restant tolérante avec moi même, me respecter et me faire respecter dans mes valeurs et mes choix, comprendre ce qui est bon pour moi et du coup bon pour mon entourage. C’est en étant heureuse que je rendrai mon entourage heureux – c’est de la physique quantique, oui madame. Avant de chercher à être une bonne mère, une bonne  amoureuse, une bonne enfant/soeur/tante/amie/citoyenne… j’essaye d’être juste moi et moi, je me préfère largement quand je suis comme ça:

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12 ans après, c’est comment, honnêtement?

12Honnêtement? Ben, c’est toujours aussi nul de ne pas avoir eu la chance de le voir grandir. Mais, honnêtement, ma vie est beaucoup plus vivante depuis lui.  Parce que la souffrance intolérable que sa mort m’a fait subir, je m’en suis lassée. Je ne me suis pas lassée de lui, oh non, mais de moi, écrasée par la douleur. Avant de pouvoir survivre à ça, vivre malgré ça, je me mentais beaucoup. Je croyais que ce n’était pas grave, qu’il y avait pire, que je n’étais pas si triste. Et puis, j’ai accepté ce que Gabriel m’offrait : n’ayant plus rien à perdre, pourquoi ne pas me regarder en face et vivre vraiment? Devenir honnête.

Ca paraît tellement simple, quand on le lit dans les livres de développement personnel (qui, lorsque l’on est en deuil, sont l’équivalent d’une belle barrette sur des cheveux gras), mais ça ne l’est pas du tout en vrai.

J’ai accepté quand j’ai compris que je ne pleurais pas que sur Gabriel mais aussi sur moi, sur mon rapport à la vie, sur ma valeur en tant que mère, sur ma fragilité, sur un tas de choses. Pour sortir de la souffrance, j’ai dû sacrément me démener pour trouver ce qui pouvait bien me faire plaisir, me donner du plaisir. J’avais oublié que j’y avais encore droit au plaisir. Mes premiers désirs ont été simples : aller à des concerts, prendre le temps de faire du sport… Je me suis surtout autorisée à changer, dans la douleur certes, mais changer et en quelqu’un d’encore plus moi.

Je ne pleure plus lorsque je parle de lui, j’en parle même ouvertement (heureusement en même temps, lorsqu’on a écrit un livre sur le sujet et qu’on s’apprête à créer un groupe de paroles…). Il est ma réalité, « mon premier-né n’a pas vécu », c’est ma réalité mais pas mon identité. Je l’aime pourtant, car mon amour pour lui n’est pas mort. Et comme tous les enfants, il m’a donné tout un arc en ciel de sentiments : colère, frustration, tristesse et joie. Il m’arrive encore de pleurer sur notre histoire. C’est assez rare et je me rends compte avec les années que cela arrive souvent autour de sa date anniversaire et lorsqu’un livre ou un film déclenche en moi un sentiment qui me projette en arrière – lorsque j’ai réalisé que je devrai vivre sans lui. (Donc j’avoue avoir pleuré en finissant le livre « Nos étoiles contraires » de John Green, il y a quelques jours –  avant sa date du 6 Mai).

Pour tous les parents qui me lisent et qui viennent de réaliser qu’ils vont devoir vivre sans lui ou sans elle: « Je n’ai pas de mots magiques ni de pouvoirs magiques (pourtant j’aimerai), mais je vous invite à ne pas vous contenter de survivre mais à aller chercher en vous ce qui vous permettra de vivre à nouveau. Les livres, les citations, la musique, les amis, la famille, le sport, (…) tout cela peut vous aider, mais la clé pour sortir de votre chagrin, c’est vous qui la possédez. »

M’autoriser à être honnête a été pour moi ma meilleure consolation, quelle est / quelle sera la vôtre?

 

Le papier

interieur page de gardeIl y a deux mois, j’ai publié mon livre, en format numérique en pensant qu’en 2015 tout le monde avait une liseuse Ipad ou Kindle. Pour être honnête, je pense que je devais un peu me protéger en voulant voir si plus d’une personne allait s’intéresser à mon livre au sujet si sensible et délicat. Puis, une et deux et vingt personnes m’ont écrit en me demandant expressément un format papier – même celles qui avaient déjà lu le format numérique.

Alors, à nouveau, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai créée l’édition papier. Je dois avouer que lorsque je suis allée chercher les exemplaires de mon livre, j’étais beaucoup plus émue que lorsque je l’ai vu sur la page d’Amazon. Le papier, c’est concret, c’est tangible. On le prend, on le corne, on le souligne, on y revient…

Alors, voilà, vous pouvez à présent l’acheter en format papier sur le site avec la plateforme sécurisée Paypal ou sur Amazon. Je me chargerai de l’emballer avec soin et de vous l’envoyer à bon port.

C’est un beau projet qui m’apporte de belles rencontres et des échanges authentiques comme je les aime. J’espère que mon livre vous plaira, vous touchera, vous rapprochera les uns des autres. On a tous besoin un jour ou l’autre d’être consolé, le tout est d’en avoir conscience.

 

Merci Hans http://www.lamanufacture.net pour avoir su mettre en page mes écrits