La fin d’un cycle

IMG_3162Cela fait neuf mois que je tiens ce blog. Neuf mois que j’essaye de mettre des mots sur le deuil périnatal. Et, il y a quelques jours, je tombe sur un article qui remet tout en perspective : une maman explique pourquoi elle ne veut pas parler de sa fausse couche . 

Elle ne veut pas en parler pour plusieurs raisons : elle ne savait pas quoi dire, elle ne voulait pas connaître l’opinion des autres mais le plus important est qu’elle ne voulait pas supporter les attentes des autres « Vont-ils encore essayer d’avoir un autre bébé? Comment vont-ils? … ». Elle n’avait pas envie de recevoir des fleurs, des repas ou des cookies de la part de son entourage. Elle avait uniquement besoin de son bébé et de la place que celui-ci aurait occupé dans sa famille. En ce sens, elle ne voyait pas en quoi en parler allait remplir ce vide.

Et c’est vrai, on n’est pas obligé d’en parler. Personnellement, j’ai choisi d’en parler car, quand mon fils est décédé, j’ai ressenti une omerta (oui je suis d’origine sicilienne) sur le sujet. Je n’avais pas le choix d’en parler, je ne devais pas en parler sous peine de jugement et d’exclusion de toute vie sociale. Je suis tombée, je me suis relevée et j’ai fait ma résilience. Cela a été une expérience révélatrice, je suis sortie du mode quotidien de ma vie pour intégrer le mode ontologique (sur le sujet, je vous conseille vivement la lecture du livre de Irvin Yalom – le Jardin d’Epicure). Puis un matin je me suis levée en me disant : « Ca y est, je suis prête. Prête à affronter le jugement des autres, le mien, donner ma vérité. J’ai peur mais ce que je vais dire, si ça aide au moins une personne, cela n’aura pas été vain ».

Alors oui, je suis totalement d’accord avec l’auteur de cet article, ce n’est pas une question de tabou mais de choix. Si vous ressentez le besoin d’en parler, allez-y, je vous suis, je vous soutiens, les associations aussi et vous trouverez même certainement des personnes autour de vous capables d’entendre (on est en 2015, l’omerta s’est un peu levée tout de même) . Mais si vous préférez ne pas en parler, car cela est plus bénéfique pour vous, alors vous avez raison.

Faites ce qui est bon pour vous. Vous n’avez de comptes à rendre à personne.

De mon côté, je vais continuer d’en parler pour que : « en parler ou ne pas en parler » devienne un choix.

 

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Si on ne sait pas qu’on est mortel, on ne sait pas qu’on est en vie

photoAprès être restée sidérée d’y avoir survécu, après avoir erré avec ma peine immense dans ma vie, un jour j’ai enfin compris ce qu’il m’avait offert. Gabriel m’a offert le choix de savoir si je voulais avoir une vie avant ma mort. Je sais très bien ce qu’est la mort, je lui ai donné vie.

J’ai commencé par faire le tri dans mon entourage: réglé les malentendus avec les personnes que j’aime et avec qui j’étais en froid mais aussi affirmé mes valeurs avec des amis de longue date qui, au final, n’en étaient plus. Chaque jour qui passe me rapproche de la vie qui me correspond. Je remet en question mon rôle de mère, de femme, d’épouse, d’amie, d’enfant, de soeur, de citoyenne. Je cherche à être au plus près de ma singularité. Je m’éloigne des conditionnements liés à l’éducation, au marketing, à mes attentes exagérées, je cherche la définition de la doxa. Je m’interroge sur ce que j’aimerai faire si je devais mourir demain et je fais tout pour y arriver. Je ne laisse jamais de rancoeurs trainer, je ne me dispute pas inutilement, je travaille sur moi, mais je me laisse aussi pleurer ou être pénible quand c’est mon état. Je sais que je peux mourir dans une heure en traversant la rue, dans un mois d’un cancer foudroyant ou dans cinquante ans, de viellieisse. Je sais que lors de mon dernier souffle, quand je serai seule – comme nous tous – dans mon intériorité, je serai en paix, je n’aurai pas peur. J’aurai donné à chacun et à moi même, ce que j’avais de plus précieux: ma singularité, mon authenticité et mon amour.

Et vous, avez vous conscience que vous êtes mortels? Etes vous vraiment en vie?