Quand le développement personnel ne suffit plus

photo

 

« Le trauma provoque une sidération. Ce n’est pas une mauvaise passe, c’est une impasse, quelque chose qui ne passe pas. En lui le temps se fige. Répétons: le trauma reste à jamais dans le présent. Il ne recule pas dans le passé, ne se normalise pas pour être peu à peu intégré au récit de la vie. Répétons : le trauma a une qualité immédiate, envahissante, hallucinatoire. Sa douleur demeure vive, à vif. Oui, il faut le répéter car le trauma est précisément une répétition, à l’identique ou presque. Il arrête le temps.   « Nancy Huston, Bad girl

Lorsque l’on prévoit que les années à venir vont être remplies des rires de notre enfant à naître et qu’à la place, le vide prend toute la place, sérieusement, il y a de quoi vivre un traumatisme. D’ailleurs, deuil périnatal est peut-être le pléonasme de trauma. Ce n’est pas dans l’ordre des choses (les parents doivent mourir avant les enfants), ce n’était pas prévu dans notre agenda, notre entourage n’a pas le mode d’emploi pour savoir comment nous épauler, on a pas non plus les indications pour survivre à ça ou aider notre conjoint à y faire face. En même temps, on n’a pas le choix. Donc, tous les ingrédients du bon trauma sont là, ah oui avec aussi de la culpabilité (j’ai pas fait ça, j’aurai du faire ci…), de la colère (mais pourquoi moi, alors que l’autre connasse boit, se fait avorter et arrête pas de pondre – oui ça c’est de la vraie colère), de la tristesse (tout le monde me félicitait, maintenant tout le monde me fuit) etc…

Bref, il faut admettre, que vivre un deuil périnatal, c’est un deuil compliqué, c’est un drame et souvent un trauma. On ne peut pas s’en sortir seul. La bonne volonté ne suffit pas et les guides de développement personnel non plus. Alors, même si nous sommes tous différents, je veux simplement vous dire, de ne pas vous en vouloir si vous n’y arrivez pas. Lorsque vous vous sentirez prêts(es), renseignez vous sur la pratique qui vous correspondra le mieux (Jung, Gestalt, Lacan, EMDR…) et osez demander de l’aide à un psy qui vous permettra de sortir du trauma, de remettre le temps en route.

Cela ne vous fera pas oublier votre enfant, cela vous permettra seulement de remettre le temps en route.

Quand je pense à moi avant ma thérapie (EMDR), une boule d’angoisse se pose dans mon plexus. Je ne pouvais pas parler de Gabriel sans pleurer, sans être tétanisée. Il me manque toujours, mais je vis à nouveau. Le présent est réapparu.

 

 

Publicités

Les 3 modes

photoElizabeth Kübler Ross a identifié les 5 stades émotionnelles de la personne en deuil, moi j’ai identifié les 3 modes de la sidération… Pour être claire, la sidération, c’est lorsqu’on a plus les fils qui touchent parce qu’il nous arrive un traumatisme psychique majeur, comme un deuil.

Le mode 1:

L’oreille entend l’évènement, l’oeil voit l’évènement, la main le touche du bout des doigts mais le coeur et le cerveau ne sont déjà plus connectés au reste. C’est le mode 1, que j’appelle le mode automatique. On est tout éparpillé mais on croit encore qu’on va être capable de retrouver tous les morceaux et refaire le puzzle de tout ça. On a un visage qui donne le change à l’entourage. L’entourage, lui, est trop gêné pour en parler et opte pour le silence radio. A ce stade, on excuse l’entourage en se disant qu’ils attendent car c’est trop frais, ils sont mal à l’aise, ils ne savent pas quoi dire, donc ils ne disent rien. En société, on sait répondre aux questions de manière pragmatique. La pharmacienne qui demande pour quand est la naissance de votre enfant – car il est encore indiqué « grossesse » sur votre carte vitale – vous pouvez lui répondre: «je ne suis plus enceinte » et sortir de la pharmacie en étant presque désolée de l’avoir mis mal à l’aise.

Le mode 2:

L’oreille entend un brouhaha de questionnements internes, l’oeil voit des images en boucle et la main ne veut plus rien toucher. C’est le mode 2, que j’appelle le mode veille. On a abandonné l’idée du puzzle, trop compliqué. On délègue tout, absolument tout, même le raisonnement. On a un visage un peu morne, mais on met un masque de bienséance afin de ne pas faire fuir tout notre entourage qui s’est déjà bien étiolé. L’entourage commence à oser parler, mais pour dire principalement des horreurs qui se veulent bienveillantes: « tu es encore jeune, tu en auras d’autres », « si tu l’as perdu, c’est qu’il y avait une bonne raison ». A ce stade, on n’a déjà plus la force de répondre : « ce n’est pas un meuble Ikea fabriqué en série », « il peut y a avoir une bonne raison de perdre du poids mais perdre un enfant, non je ne vois pas quelle bonne raison ». En société, on devient un peu flippante, on commence à avoir des problèmes de distance affective et on ne sait plus ce qu’il est convenable ou pas de dire. Puisque l’on ne peut pas parler de l’essentiel à ses proches, de quoi peut-on parler et à qui?

Le mode 3:

L’oreille fait mal, l’oeil voit trouble, la main est insensibilisée. C’est le mode 3, que j’appelle le mode chien. On a mal mais on ne sait plus exactement pourquoi. Il n’est plus question de déléguer mais plutôt de ne faire que dormir, manger et le reste du temps aboyer ou demander une affection disproportionnée. L’entourage en a marre de ce sujet et passe à autre chose. C’est le dernier mode, celui où on touche le fond. Là, deux solutions s’offrent à vous: soit continuer de couler – parce que le fond est infini – soit réveiller votre instinct de survie.

Je vous propose la deuxième solution. Je vous propose d’aller au devant des autres et de leur demander de l’aide car pour beaucoup, ce n’est pas qu’ils ne veulent pas aider, c’est qu’ils ne réalisent pas.

Si vous rencontrez une personne qui vous mord sans raison apparente, vous pouvez à présent ne plus le prendre personnellement et même avoir de la peine pour elle car elle est peut-être en mode 3 de sa sidération.